La vérité
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Est vrai un discours qui correspond aux faits. La vérité est l'adéquation entre le discours et son objet, entre la pensée et la réalité, entre ce que nous disons et ce qui est. Il faut donc distinguer la réalité (les faits, ce qui est) de la vérité (ce qui est dit, ce qui est pensé).
La vérité est traditionnellement définie comme « l'adéquation de la chose et de l'esprit » (Thomas d'Aquin) : un discours est vrai s'il correspond à ce qui est. On doit distinguer deux grands types de vérités :
- Les vérités de fait (ou vérités matérielles) : ce sont les discours qui correspondent à la réalité, à ce qui est. Par exemple, il est vrai que la Terre tourne autour du Soleil, ou que les chats sont des animaux, ou que vous êtes en train de lire cette définition.
- Les vérités de raison (ou vérités formelles) : ce sont les discours qui sont vrais en vertu de leur forme, de leur structure logique, indépendamment de la réalité. Par exemple, les postulats selon lesquels « tous les hommes sont mortels » et « Socrate est un homme » ont pour conséquence logique et vraie que « Socrate est mortel » (syllogisme d'Aristote). De même, dans le monde de l'écrivain Tolkien, il est vrai que les Hobbits sont des êtres de petite taille, simples et craintifs : cette affirmation est cohérente avec les postulats imaginés par Tolkien.
Au-delà de cette définition logique, la vérité peut être pensée comme dévoilement : selon Bergson, l'artiste « regarde la réalité nue et sans voiles » et nous donne ainsi accès à une vérité que les conventions du langage et de la perception courante nous masquent. À l'inverse, selon Platon, l'art reste une « imitation d'imitation » qui nous éloigne de la vérité des Idées.
-> Voir les repères conceptuels vrai / probable / certain, absolu / relatif et objectif / subjectif.
- Leçon principale (n°8) :
- Introduction : qu'est-ce que la vérité ? Doit-on se soucier de la vérité ? Y a-t-il une vérité ?
- 1. Pas de vérité, mais des vérités ? Le scepticisme et le relativisme ont-ils raison de remettre en cause la possibilité même de la vérité ?
- 2. Pourquoi défendre la vérité contre le scepticisme et le relativisme ?
- 3. Doit-on toujours dire la vérité ? Le devoir de véracité est-il absolu ?
- Leçon 4 : pour atteindre la vérité, faut-il douter de tout ?
- Leçon 7 : l'artiste recherche-t-il la vérité, ou nous éloigne-t-il du réel par une « imitation d'imitation » ?
- Leçon principale (n°8). Doit-on se soucier de la vérité ?
- 1. Pas de vérité, mais des vérités ?. Le scepticisme et le relativisme remettent-ils en cause la possibilité de toute vérité ?
- Le scepticisme, doctrine soutenue par Pyrrhon d'Élis (rapportée par Eusèbe de Césarée dans la Préparation évangélique), affirme qu'aucune connaissance certaine n'est possible : les choses sont « indifférentes, immesurables, indécidables », nos sensations comme nos jugements ne peuvent ni dire le vrai ni se tromper. Pyrrhon recommande donc l'aphasie (suspension du jugement), qui mène à l'ataraxie (tranquillité de l'âme). Voir le repère vrai / probable / certain : pour les sceptiques, aucune certitude n'est possible, donc aucune vérité, et nos connaissances sont seulement probables.
- Les tropes d'Agrippa (Ier siècle) systématisent la position sceptique en 4 arguments : (1) trope du désaccord (à toute thèse correspond une antithèse aussi solidement défendue) ; (2) trope de la relativité (toute thèse dépend du point de vue de celui qui l'énonce) ; (3) trope de la régression à l'infini (toute justification renvoie à une autre justification, sans fondement premier) ; (4) trope du cercle vicieux (diallèle) (la thèse et l'hypothèse se justifient l'une l'autre).
- Le relativisme de Protagoras, rapporté par Platon dans le Théétète, défend la thèse selon laquelle « l'homme est la mesure de toutes choses » : il y a autant de vérités que de personnes, et celui qui paraît malade est réellement malade pour lui-même, sans qu'on puisse dire qu'il se trompe. Voir les repères absolu / relatif et objectif / subjectif.
- 2. Pourquoi défendre la vérité ?. Contre le scepticisme et le relativisme.
- Karl Popper, dans La Société ouverte et ses ennemis, voit dans le relativisme « la principale maladie philosophique de notre temps ». Il redéfinit la vérité comme correspondance aux faits : un énoncé est vrai si, et seulement si, il correspond aux faits. L'exemple du témoin au tribunal montre que cette définition, loin d'être obscure, est triviale et opérationnelle.
- Aristote, dans la Métaphysique, soutient que les sensations ne sont pas toutes équivalentes : il n'y a pas autant de vérités que de personnes, sans quoi il faudrait dire qu'un objet est à la fois un et double quand on appuie sur l'œil. Aristote complète cet argument en formulant les trois principes de la raison qui doivent fonder tout discours vrai : principe d'identité (A est A), principe de non-contradiction (A n'est pas non-A en même temps et sous le même rapport), principe du tiers exclu (A est ou n'est pas, sans troisième possibilité). Le relativiste, qui affirme à la fois une thèse et son contraire, viole le principe de non-contradiction et sort donc de l'ordre de la raison.
- Platon (Socrate), dans le Théétète, réfute Protagoras par un argument autoréférentiel : si toute opinion est vraie pour celui qui l'énonce, alors Protagoras lui-même n'est pas plus savant qu'un porc ou qu'un têtard ; il n'aurait donc pas de raison d'enseigner ni de se faire payer pour son enseignement. Le relativisme se détruit lui-même.
- 3. Doit-on toujours dire la vérité ?. Le devoir de véracité est-il absolu ?
- Pour Emmanuel Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), dire la vérité est un devoir absolu. Une action n'a de valeur morale que si elle est accomplie par devoir, pas par intérêt ou par inclination — comme le marchand qui pratique un prix fixe par calcul commercial, et non par souci d'honnêteté. L'impératif catégorique commande d'agir selon une maxime universalisable et de traiter autrui « toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen ».
- Benjamin Constant, dans Des réactions politiques (1796), réplique avec l'exemple de l'assassin : si un meurtrier vous demande où se cache votre ami, faut-il vraiment lui dire la vérité ? Constant rejette l'idée d'un devoir absolu de véracité : « Dire la vérité n'est un devoir qu'envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n'a droit à la vérité qui nuit à autrui. » Le devoir n'est pas absolu, il est corrélé aux droits.
- Kant maintient sa position dans D'un prétendu droit de mentir par humanité (1797) : la véracité est « un devoir qui doit être regardé comme la base de tous les devoirs fondés sur un contrat ». Mentir, même pour sauver un ami, c'est miner le fondement même de la vie en société. La conséquence morale d'un mensonge nous est imputable juridiquement, à la différence d'une vérité qui aurait des conséquences imprévues.
- 1. Pas de vérité, mais des vérités ?. Le scepticisme et le relativisme remettent-ils en cause la possibilité de toute vérité ?
- Leçon 4, Descartes : Descartes, dans ses méditations philosophiques, entreprend de douter de tout (= doute hyperbolique : tout ce en quoi il y a le moindre doute doit être rejeté comme faux). Son but est double : (1) acquérir au moins une certitude (voir les repères vrai / probable / certain), et (2) trouver avec cette première certitude le fondement de la vérité, d'une connaissance adéquate du monde. La première certitude sera celle du cogito : « je pense donc je suis ». En effet, même si je doute de tout, même si je doute de l'existence du monde extérieur, de mon corps, de mes sens, de mes souvenirs, de mes pensées, je ne peux pas douter que je suis en train de douter, donc de penser. Et si je suis en train de penser, alors je suis en train d'exister, car il faut être pour penser. Cette certitude du cogito est la première certaine et indubitable, le fondement de la vérité et de la possibilité de comprendre le monde.
- Leçon 7, C-2. L'artiste recherche-t-il la vérité ?. L'art nous éloigne-t-il du vrai ou nous y rapproche-t-il ?
- Platon, dans la République, soutient que l'art nous éloigne de la vérité. Selon sa théorie des Idées, le lit du menuisier imite déjà imparfaitement l'Idée éternelle du lit ; le lit peint par le peintre n'est qu'une « imitation d'imitation », une copie au troisième degré. De plus, le peintre ne représente pas le lit tel qu'il est, mais tel qu'il paraît selon un certain angle : « L'art d'imiter est donc bien éloigné du vrai. » L'art nous enferme dans le monde des apparences au lieu de nous mener à la vérité.
- Bergson, dans la Conférence de Madrid sur l'âme humaine (1916), tient la thèse inverse : l'artiste nous rapproche de la vérité en levant le voile des conventions perceptives. « Qu'est-ce que l'artiste ? C'est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la réalité nue et sans voiles. » D'ordinaire, nous ne voyons pas les objets eux-mêmes, mais des « signes conventionnels » utilitaires qui nous permettent de les reconnaître. L'artiste, en mettant le feu à ces conventions, nous redonne accès à la réalité elle-même.