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Le temps

La page sera complétée pendant l'année lorsque la notion sera de nouveau abordée.

Définition simple

Le temps est la dimension du passage et de la durée. Il est ce qui distingue le passé, le présent et le futur, ce qui fait que les choses changent, vieillissent et finissent. Tout ce qui existe dans le monde sensible existe dans le temps : nous-mêmes, les vivants, les objets fabriqués.

Définition approfondie

Du latin tempus (« portion de durée, moment »), le temps désigne à la fois la dimension générale dans laquelle se déroulent les événements et chaque moment particulier que nous vivons.

Trois caractéristiques essentielles du temps (complément à la leçon 7) :

  • Unidirectionnel : le temps ne s'écoule que dans un sens, du passé vers l'avenir, sans jamais revenir en arrière. Cette unidirectionnalité distingue le temps de l'espace : dans l'espace, on peut revenir sur ses pas ; dans le temps, c'est impossible.
  • Irréversible : ce qui s'est passé ne peut pas être défait. Le passé est définitivement fixé — aucune action présente ne peut le modifier. Il est à la fois absent (il n'existe plus) et permanent (il ne peut pas ne pas avoir eu lieu).
  • Devenir ≠ être : le temps implique un changement perpétuel. Rien ne demeure identique à soi-même dans le temps. Le temps est synonyme de devenir, c'est-à-dire d'un processus de transformation continue, par opposition à l'être, qui désigne ce qui est stable, immuable, permanent.

Distinctions classiques :

  • Passé / présent / futur : trois modalités du temps. Le présent est ce qui est actuellement ; le passé n'est plus mais subsiste dans la mémoire ; le futur n'est pas encore et reste ouvert.
  • Temps objectif / temps subjectif : le temps mesuré (par l'horloge, le calendrier) est le même pour tous, indépendant du sujet ; le temps vécu — la durée — varie selon notre attention, nos émotions, nos attentes.
Questions
  • Leçon 7 :
    • Complément : Qu'est-ce que le temps ? Comment définir cette réalité paradoxale qui n'est jamais tout à fait, mais sans laquelle rien ne serait ?
    • 3. Pourquoi avons-nous besoin d'art ? L'art lutte-t-il contre le temps qui détruit toute chose ? Peut-il faire durer ce qui est mortel ?
problématiques, Grandes thèses et arguments vue en cours
  • Leçon 7, Complément — Qu'est-ce que le temps ?. Le temps a-t-il un mode d'être propre ? Comment le pensons-nous vraiment ?
    • Saint-Augustin, dans les Confessions (livre XI, IVᵉ siècle), pose le paradoxe ontologique du temps. « Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais : mais que je veuille l'expliquer à la demande, je ne le sais pas ! » Le paradoxe est le suivant : le passé n'est plus, le futur n'est pas encore, et le présent, s'il était vraiment présent (sans passer), serait l'éternité. Aucune des trois dimensions du temps n'a véritablement d'être. Saint-Augustin conclut : « le temps a l'être seulement parce qu'il tend au néant » — la nature même du temps est de cesser d'être.
    • Henri Bergson, dans La perception du changement (1911), oppose une conception existentielle du temps : la durée vraie est « une continuité indivisible de changement ». Notre tendance naturelle est de découper le temps en instants distincts, comme des points alignés dans l'espace — mais cette représentation spatiale trahit la réalité de l'expérience temporelle vécue. Bergson prend l'exemple de la mélodie : quand nous écoutons une musique, nous ne percevons pas une suite de notes séparées, mais un flux continu indivisible. « Dans l'espace, et dans l'espace seulement, il y a distinction nette de parties extérieures les unes aux autres. » Découper le temps en instants, c'est l'appréhender comme de l'espace, ce qui en fausse la nature.
    • Opposition Saint-Augustin / Bergson : Saint-Augustin analyse le temps abstratiement et de l'extérieur, à travers ses dimensions formelles (passé, présent, futur), et aboutit à un paradoxe sur son mode d'être. Bergson part de l'expérience intérieure et conrète — la durée — et montre que la représentation habituelle du temps comme succession d'instants en trahit la réalité.
  • Leçon 7, 3. Pourquoi avons-nous besoin d'art ?. L'art lutte-t-il contre le temps ?
    • Hannah Arendt, dans La Crise de la culture (1961), montre que les œuvres d'art sont les plus durables des choses humaines. Parmi les choses fabriquées par l'homme, on distingue les produits de consommation (qui durent à peine le temps de leur préparation), les objets d'usage (qui ont une durée ordinaire) et les œuvres d'art (qui possèdent « une immortalité potentielle »). « Du point de vue de la durée pure, les œuvres d'art sont clairement supérieures à toutes les autres choses » : elles ne sont pas faites pour les hommes mais « pour le monde, qui est destiné à survivre à la vie limitée des mortels, au va-et-vient des générations ». Voir la notion d'art et la notion de travail.
    • André Bazin, dans Ontologie de l'image photographique (1958), tient une thèse plus radicale : l'art est une lutte contre le temps. À l'origine de la peinture et de la sculpture, il faut chercher le « complexe de la momie » — le besoin psychologique fondamental d'« exorciser le temps », d'« arracher [l'être] au fleuve de la durée, l'arrimer à la vie ». L'embaumement égyptien, le portrait, la statuaire, la photographie et enfin le cinéma sont autant de moyens de « sauver l'être par l'apparence ». Le cinéma en particulier devient « la momie du changement » : il conserve non seulement l'objet, mais sa durée elle-même.
    • Convergence Bazin / Arendt : Bazin part de l'origine de l'art (le désir de vaincre le temps, moteur de la création artistique) ; Arendt en montre le résultat (les œuvres survivent aux générations qui les ont produites). L'art seul s'arrache au temps et lui résiste, là où le travail ordinaire s'inscrit dans le cycle de production-consommation.