L'État
La page sera complétée pendant l'année lorsque la notion sera de nouveau abordée.
L'État est la forme politique organisée d'une société : un ensemble d'institutions (lois, gouvernement, administration, tribunaux, police, armée) qui exercent le pouvoir sur un territoire et une population. À la différence d'une simple communauté humaine, l'État possède la souveraineté (pouvoir suprême) et le monopole de la contrainte légitime : lui seul a le droit d'employer la force pour faire respecter ses règles.
Étymologie : du latin status (manière d'être, situation stable). Le sens politique moderne (la cité ou la nation prise comme entité gouvernante) s'est progressivement imposé à partir de la Renaissance — Machiavel, Le Prince, parle déjà de lo stato.
Distinctions conceptuelles :
- État / société : la société est l'ensemble des relations humaines (familiales, économiques, culturelles) ; l'État est l'organisation politique qui se superpose à la société pour la régir.
- État / gouvernement : l'État est une structure permanente (les institutions) ; le gouvernement est celui, celle, ceux qui exercent temporairement le pouvoir.
- État / nation : la nation est une communauté humaine unie par une histoire, une culture, parfois une langue ; l'État est sa forme politique et juridique. Un État peut rassembler plusieurs nations, une nation être divisée entre plusieurs États.
Les trois pouvoirs (Montesquieu) : législatif (faire les lois), exécutif (les appliquer), judiciaire (les interpréter et trancher les conflits). La séparation des pouvoirs est la garantie contre la tyrannie.
Théories du contrat : pour justifier rationnellement l'autorité de l'État, plusieurs philosophes imaginent un état de nature (hypothèse d'une vie sans État) à partir duquel les hommes auraient conclu un contrat :
- Hobbes (Léviathan, 1651) : l'état de nature est « la guerre de tous contre tous ». Les hommes y abandonnent leur liberté à un souverain absolu pour échapper à la mort violente — pacte de soumission.
- Locke (Second Traité du gouvernement civil, 1690) : l'état de nature connaît déjà des droits naturels (vie, liberté, propriété) ; l'État est un instrument au service de ces droits, qui peut perdre sa légitimité s'il les viole — pacte de confiance et droit de résistance.
- Rousseau (Du contrat social, 1762) : le contrat fonde la « volonté générale » et la souveraineté du peuple — pacte d'association.
-> Voir le repère conceptuel légal / légitime : le légal est ce qui est conforme à la loi ; le légitime est ce qui est conforme à un principe supérieur (raison, justice, droit naturel). L'État repose sur l'articulation des deux ; quand ils divergent, s'ouvre l'espace de la désobéissance civile.
-> Voir aussi la fiche de révision — L'État (PDF + exercices) et la notion de justice.
- Leçon principale (n°10) — Le Criton de Platon :
- Doit-on toujours obéir à l'État, même quand ses décisions paraissent injustes ?
- Sur quoi repose la légitimité de l'État ?
- L'État doit-il intervenir pour corriger les inégalités sociales ?
- Peut-il être juste de désobéir aux lois ?
- Leçon principale (n°10) — Le Criton de Platon
- 1. La prosopopée des Lois. Condamné à mort par un tribunal d'Athènes, Socrate refuse l'évasion que lui propose son ami Criton. Pour défendre l'obéissance à la sentence, il fait parler les Lois d'Athènes elles-mêmes — c'est la « prosopopée des Lois ». Ce procédé donne à l'État une voix qui le présente comme un père envers ses citoyens : on lui doit ce qu'on doit à ses parents, et davantage encore, puisque c'est lui qui a permis notre naissance, notre éducation et notre vie en commun.
- 3. Doit-on toujours obéir à l'État ? Trois conceptions de la légitimité du pouvoir. Selon les Lois du Criton, celui qui demeure dans une cité a tacitement consenti à ses lois — il leur doit obéissance par dette filiale, même quand leur sentence lui paraît injuste : « Il faut ou la ramener par la persuasion, ou obéir à ses commandements, et souffrir sans murmurer tout ce qu'elle ordonnera. » Thoreau (La Désobéissance civile) s'y oppose : la conscience individuelle doit primer sur le législateur ; il faut désobéir à une loi injuste, quitte à en accepter la sanction. Locke propose une troisième voie : l'État est un instrument au service des droits naturels (vie, liberté, propriété) ; quand il les viole, le peuple a un droit de résistance — l'État perd sa légitimité quand il cesse de protéger ce pour quoi il a été institué.
- 4. L'État face à la justice sociale. Quel rôle pour l'État dans la répartition des biens ? Amartya Sen, par la parabole de la flûte, montre que trois principes (utilité, mérite, égalité) peuvent guider la répartition — et que l'État doit arbitrer. John Rawls propose la méthode du voile d'ignorance : pour penser un État juste, il faut imaginer ses règles sans savoir quelle place on y occupera ; il en déduit deux principes (égales libertés, et inégalités tolérées seulement si elles bénéficient aux plus défavorisés). Hegel et Schopenhauer abordent la justice punitive : l'État ne se venge pas, il restaure le droit. Voir la notion de justice.
- 5. Obéir ou désobéir ? Légalité, légitimité et conscience. L'expérience de Milgram montre que la simple présence d'une autorité suffit à faire commettre des actes graves — l'obéissance n'est donc pas en elle-même une vertu. Antigone, dans la tragédie de Sophocle, oppose les lois non écrites (divines, morales) à l'édit de Créon : il y a une légitimité supérieure à la légalité. Thoreau invente la notion de désobéissance civile : refus argumenté, public et non violent d'une loi qu'on juge injuste, en acceptant la sanction pour mieux dénoncer l'injustice. John Rawls en propose une définition rigoureuse (publique, non violente, fondée en raison, acceptant la sanction). Le Manifeste des 343 (1971) en offre une illustration historique : des femmes déclarent publiquement avoir avorté, alors illégal, pour faire évoluer la loi.