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La justice

La page sera complétée pendant l'année lorsque la notion sera de nouveau abordée.

Définition simple

La justice est l'idée selon laquelle il faut rendre à chacun son dû. Elle désigne à la fois une vertu morale (être juste, ne pas commettre d'injustice), un idéal social (organiser équitablement la vie en commun) et une institution (lois et tribunaux chargés de trancher les conflits). Être juste, ce n'est donc pas seulement obéir à la loi : c'est aussi se demander si la loi est elle-même juste.

Définition approfondie

Étymologie : du latin jus, juris (le droit) et justitia. En grec, dikè désigne d'abord une déesse — la Justice est pensée comme un ordre cosmique avant d'être un ordre humain.

Trois sens à distinguer :

  • Justice morale : vertu individuelle qui consiste à ne pas commettre l'injustice (cf. Socrate dans le Criton). C'est une manière d'être avant d'être une règle extérieure.
  • Justice sociale : organisation équitable de la société et règles de répartition (biens, charges, mérites). Elle se décline elle-même en plusieurs sous-types : distributive (répartir les biens et les honneurs selon un critère — mérite, besoin, égalité), commutative (régir équitablement les échanges entre individus), punitive (sanctionner les fautes — Hegel, Schopenhauer).
  • Justice institutionnelle : ensemble des lois, juges et tribunaux qui rendent la justice au nom de la cité.

Distinctions conceptuelles :

  • Égalité / équité : l'égalité stricte (le même traitement pour tous) n'est pas toujours juste ; l'équité corrige la règle générale en l'ajustant au cas particulier (Aristote). La parabole de la flûte d'Amartya Sen illustre que trois principes de répartition (utilité, mérite, égalité) peuvent donner trois réponses différentes au même problème.
  • Justice selon la nature / selon la loi : Calliclès, dans le Gorgias, oppose une « justice selon la nature » (la loi du plus fort) à la justice « selon les conventions » (les lois de la cité, qu'il accuse d'être un piège tendu par les faibles).

-> Voir le repère conceptuel légal / légitime : le légal est ce qui est conforme à la loi écrite ; le légitime est ce qui est conforme à la justice morale ou rationnelle. L'écart entre les deux ouvre l'espace de la désobéissance civile.

-> Voir aussi la fiche de révision — La justice (PDF + exercices).

Questions
problématiques, Grandes thèses et arguments vue en cours
  • Leçon principale (n°10) — Le Criton de Platon
    • 2. Qu'est-ce qu'être juste ? Trois conceptions opposées. Selon Socrate (dans le Criton), il ne faut jamais commettre l'injustice, même pour répondre à une injustice subie : « Il ne faut donc jamais faire d'injustice, ni rendre le mal pour le mal, quelque chose qu'on nous ait fait. » La justice est une vertu morale qui engage avant tout celui qui agit. Pascal, au contraire, ramène la justice à un rapport de force : la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique — en pratique, c'est la force qui fait la justice. Calliclès (cf. Leçon 1) défend une « justice selon la nature » : c'est la loi du plus fort.
    • 3. Doit-on toujours obéir à l'État ? Le contrat tacite et ses limites. Selon les Lois d'Athènes (prosopopée du Criton), celui qui demeure dans une cité a tacitement consenti à ses lois — il leur doit obéissance par dette filiale, même quand leur sentence lui paraît injuste. Thoreau s'y oppose : la conscience individuelle doit primer sur le législateur ; il faut désobéir à une loi injuste (désobéissance civile). Locke introduit un droit de résistance : l'État est un instrument au service des droits naturels, qui perd sa légitimité s'il les viole. Voir la notion d'État.
    • 4. La justice sociale — Comment organiser une société pour le bien de ses membres ? Amartya Sen propose la parabole de la flûte : trois enfants la revendiquent, l'un parce qu'il sait en jouer (utilité), l'un parce qu'il l'a fabriquée (mérite), l'un parce qu'il n'a rien (égalité) — trois principes de répartition, trois réponses concurrentes. John Rawls propose la méthode du voile d'ignorance : pour penser une société juste, il faut imaginer ses règles sans savoir quelle place on y occupera. Hegel et Schopenhauer abordent la justice punitive : la peine n'est pas une vengeance, mais la restauration du droit.
    • 5. Obéir ou désobéir ? Légalité, légitimité et conscience. L'expérience de Milgram montre la puissance de la pulsion d'obéissance à l'autorité. Antigone invoque les lois non écrites contre l'édit de Créon : il y a une légitimité supérieure à la légalité. Thoreau invente la désobéissance civile comme refus argumenté d'une loi injuste. John Rawls en propose une définition rigoureuse : publique, non violente, fondée en raison, acceptant la sanction. Le Manifeste des 343 (1971) en est une illustration historique.
  • Leçon 1 — Comment être heureux ?. La justice est-elle une vraie vertu ou une ruse des faibles ?
    • Le débat Socrate – Calliclès (Platon, Gorgias). Calliclès retourne la justice contre elle-même : ce que la cité appelle « justice » et « tempérance » n'est qu'une convention par laquelle la masse des faibles tente de brider les natures fortes. La vraie justice, « selon la nature », est la liberté de laisser aller ses passions et de satisfaire tous ses désirs. Socrate répond par l'image des tonneaux percés : la vie de jouissance illimitée que défend Calliclès est en réalité une vie misérable, qu'il faut remplir sans cesse sans jamais être satisfait. Une vie ordonnée, qui se contente de ce qu'elle a, est seule véritablement heureuse — et c'est en se commandant à soi-même qu'on devient véritablement libre. Voir la notion de bonheur et celle de liberté.
  • Leçon 6 — Qu'est-ce qui nous fait humain ?. Le juste et l'injuste comme propres de l'humain.
    • 3. Le langage, propre de l'humain. Selon Aristote (Les Politiques, I), seul l'humain dispose du logos (langage rationnel), tandis que les autres animaux n'ont que la phonè (voix qui exprime le douloureux et l'agréable). Or le langage rend possible une chose dont l'animal est privé : « manifester l'avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l'injuste ». La perception du juste et de l'injuste est ce qui fait passer du troupeau à la cité ; elle est constitutive de la communauté humaine. Le film L'Enfant Sauvage (étudié dans la même leçon) confirme cette thèse à l'inverse : c'est en réagissant à une punition injuste d'Itard que Victor prouve son humanité.