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Le devoir

La page sera complétée pendant l'année lorsque la notion sera de nouveau abordée.

Définition simple

Le devoir est ce que je dois faire moralement, indépendamment de mon intérêt ou de mon désir. Agir par devoir, c'est s'obliger à faire une action que l'on pourrait éviter de faire (aider quelqu'un, dire la vérité, tenir une promesse). Le devoir est donc synonyme d'obligation morale.

Définition approfondie

Du latin debere (« être redevable, devoir »), le devoir désigne ce à quoi je suis tenu moralement. Il faut le distinguer soigneusement de plusieurs notions voisines :

  • Devoir / inclination : agir par devoir, c'est agir par respect pour la loi morale, sans considération de son intérêt ou de ses penchants. Agir par inclination, c'est agir parce qu'on en a envie ou parce que cela nous arrange. Une action n'a de valeur morale que si elle est accomplie par devoir, et non conformément au devoir par simple calcul (Kant).
  • Obligation / contrainte / nécessité :
    • Obligation : un devoir face auquel la volonté reste libre d'adhérer ou non. Le panneau stop nous oblige à nous arrêter, mais nous pouvons toujours désobéir.
    • Contrainte : ce que je dois faire sous la pression d'une force extérieure (une menace, une arme) ou intérieure (la peur). Un barrage de police nous contraint par la force à nous arrêter.
    • Nécessité : ce qui ne peut absolument pas ne pas être (la mort). On peut toujours forcer un barrage policier, mais pas vaincre la mort.
  • Le devoir suppose donc la liberté : on ne peut être obligé moralement que si l'on aurait pu agir autrement. Voir la notion de liberté.

-> Voir les repères conceptuels obligation / contrainte et légal / légitime.

Questions
  • Leçon principale (n°8) :
    • 3. Doit-on toujours dire la vérité ? Le devoir de véracité est-il absolu, ou bien dépend-il du droit qu'a autrui à recevoir la vérité ?
  • Leçon 1 : les normes morales et sociales (le juste, la tempérance) sont-elles de véritables devoirs, ou ne sont-elles que des conventions artificielles que la nature nous commande de transgresser ?
  • Leçon 5 : la loi morale (le devoir) peut-elle l'emporter sur les contraintes naturelles, et révéler ainsi notre liberté ?
problématiques, Grandes thèses et arguments vue en cours
  • Leçon principale (n°8). 3. Doit-on toujours dire la vérité ?
    • Qu'est-ce qu'agir par devoir ? Pour Emmanuel Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), une action n'a de valeur morale que si elle est accomplie par devoir, et non par intérêt ou par inclination. L'exemple du marchand prudent l'illustre : il pratique un prix fixe pour tous ses clients, ce qui est conforme au devoir, mais il le fait par calcul commercial (préserver sa réputation), non par devoir. Une action n'est morale que si elle « tire sa valeur (…) de la maxime d'après laquelle elle est décidée ».
    • L'impératif catégorique. Kant formule la loi morale sous deux principes universels :
      • « Agis comme si ta maxime devait servir en même temps de loi universelle » (universalisation de la maxime).
      • « Agis à l'égard de tout être raisonnable (de toi-même et des autres) de telle sorte qu'il ait en même temps la valeur d'une fin en soi » — autrement dit, ne traite jamais autrui simplement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin.
    • Le devoir de véracité est-il absolu ? Benjamin Constant, dans Des réactions politiques (1796), réplique avec l'exemple de l'assassin : un ami poursuivi par un assassin se cache chez vous ; l'assassin frappe à votre porte. Faut-il vraiment lui dire la vérité ? Constant rejette l'idée d'un devoir absolu de véracité : « Dire la vérité n'est un devoir qu'envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n'a droit à la vérité qui nuit à autrui. » Le devoir est ici corrélé aux droits ; il n'est pas inconditionnel.
    • Kant maintient sa position. Dans D'un prétendu droit de mentir par humanité (1797), Kant répond à Constant : la véracité est « un devoir qui doit être regardé comme la base de tous les devoirs fondés sur un contrat ». Mentir, même pour sauver un ami, c'est miner le fondement même de la confiance sociale ; les conséquences imprévues d'un mensonge nous sont alors moralement et juridiquement imputables, à la différence des conséquences imprévues d'une vérité dite loyalement.
    • Au-delà de Kant : les trois grandes éthiques. Voir la fiche complémentaire sur les 3 grandes éthiques (éthique de la vertu, éthique du devoir / déontologsime / éthique des conséquences, utilitarisme). L'éthique du devoir (Kant) y est mise en perspective face à deux autres traditions, par exemple via le dilemme du tramway (faut-il sacrifier une vie pour en sauver cinq ?) qui oppose une logique déontologique (« on ne tue jamais quelqu'un ») à une logique utilitariste (« on minimise le nombre de morts »).
  • Leçon 1, 2.1. Le débat Socrate – Calliclès (Platon, Gorgias). Les devoirs moraux et civils sont-ils de vrais devoirs, ou seulement des conventions artificielles ?
    • Calliclès rejette tout devoir moral et civil : la justice, la tempérance, la modération ne sont que « des manières, des conventions, faites par les hommes, à l'encontre de la nature », « des paroles en l'air, qui ne valent rien ». Ces prétendues obligations seraient un piège tendu par les faibles (la masse) pour brider les forts qui pourraient pleinement s'épanouir. À ces faux devoirs sociaux, Calliclès oppose ce qu'on pourrait appeler un devoir naturel : « si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles, et ne pas les réprimer ». Le seul commandement de la nature serait celui de satisfaire tous ses désirs.
    • Socrate lui répond qu'il faut au contraire se commander à soi-même, c'est-à-dire « être raisonnable, se dominer, commander aux plaisirs et passions qui résident en soi-même ». L'image des tonneaux rend la thèse intuitive : l'homme tempérant ressemble à celui qui possède des tonneaux pleins et sains, et qui peut être tranquille ; l'homme déréglé, à celui qui possède des tonneaux percés qu'il doit remplir sans cesse, jour et nuit, dans la peine. Plus radicalement, Socrate montre par l'absurde que confondre l'agréable et le bon, comme Calliclès le fait, conduit à dire qu'une vie passée à se gratter ou la vie d'un pluvier seraient des vies heureuses — ce qui rend la thèse intenable.
  • Leçon 5, 3. Peut-on se libérer des contraintes ? Le devoir révèle-t-il notre liberté ?
    • Kant, dans la Critique de la raison pratique (1788), montre que la loi morale (le devoir) peut être plus forte que la contrainte naturelle. Imaginons un homme qui prétend ne pas pouvoir résister à un plaisir : si on lui annonce qu'une potence l'attend après l'acte, il sait bien qu'il y résisterait. Maintenant, si son prince lui ordonne, sous peine de mort, de porter un faux témoignage contre un innocent, il n'osera peut-être pas dire qu'il refuserait — mais il accordera qu'il en est capable. « Il juge donc qu'il peut faire une chose, parce qu'il a conscience qu'il doit la faire » : c'est la conscience du devoir qui révèle la liberté. Sans loi morale, la liberté nous resterait inconnue. Voir la notion de liberté.