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2. Pourquoi défendre la vérité ?

NOTION COMPLÉMENTAIRE : la raison

Popper : le rejet du relativisme

Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis (1979)
La principale maladie philosophique de notre temps est le relativisme. Par relativisme, j'entends la doctrine selon laquelle tout choix entre des théories rivales est arbitraire : soit parce que la vérité objective n'existe pas ; soit parce que, même si l'on admet qu'elle existe, il n'y a en tout cas pas de théorie qui soit vraie, ou (sans être vraie) plus proche de la vérité qu'une autre ; soit parce que, dans les cas où il y a deux théories ou plus, il n'existe aucun moyen de décider si l'une est supérieure à l'autre. (…) Certains des arguments invoqués à l'appui du relativisme découlent de la question même : « Qu'est-ce que la vérité ?», à laquelle le sceptique convaincu est sûr qu'il n'y a pas de réponse. Mais, à cette question, on peut répliquer d'une façon simple et raisonnable — qui ne satisferait probablement pas notre sceptique — qu'une affirmation ou un énoncé sont vrais si, et seulement si, ils correspondent aux faits. Que veut dire « correspondre aux faits » ? Bien qu'un sceptique ou un relativiste puisse trouver aussi impossible de répondre à cette question qu'à la précédente, c'est en réalité aussi facile et même presque banal. Par exemple, tout juge sait bien ce qu'un témoin entend par vérité : c'est justement ce qui correspond aux faits. (…) Par exemple, l'énoncé « Smith est entré dans le magasin peu après 10 h 15 » correspond aux faits si, et seulement si, Smith est entré dans le magasin peu après 10 h 15. À première vue, la phrase en italique nous paraît constituer un lieu commun, mais peu importe. En y regardant de plus près, on voit qu'il s'agit : 1) d'un énoncé, 2) de certains faits, et 3) que la phrase permet d'établir les conditions évidentes qui doivent être remplies pour que l'énoncé corresponde aux faits.
1. Comment Karl Popper définit-il la vérité ?
2. Comment définit-il le relativisme ?
3. Par quels arguments rejette-t-il le relativisme ?

Aristote : les sensations ne sont pas toutes équivalentes

Aristote, Métaphysique (IVe siècle av. J.-C.)
Attacher une valeur égale aux opinions et aux imaginations de ceux qui sont en désaccord entre eux, c'est une sottise. Il est clair, en effet, que ou les uns ou les autres doivent nécessairement se tromper. On peut s'en rendre compte à la lumière de ce qui se passe dans la connaissance sensible : jamais, en effet, la même chose ne paraît, aux uns, douce, et, aux autres, le contraire du doux, à moins que, chez les uns, l'organe sensoriel qui juge des saveurs en question ne soit vicié et endommagé. Mais s'il en est ainsi, ce sont les uns qu'il faut prendre pour mesure des choses, et non les autres. Et je le dis également pour le bien et le mal, le beau et le laid, et les autres qualités de ce genre. Professer, en effet, l'opinion dont il s'agit, revient à croire que les choses sont telles qu'elles apparaissent à ceux qui, pressant la partie inférieure du globe de l'œil avec le doigt, donnent ainsi à un seul objet l'apparence d'être double ; c'est croire qu'il existe deux objets, parce qu'on en voit deux, et qu'ensuite il n'y en a plus qu'un seul, puisque, pour ceux qui ne font pas mouvoir le globe de l'œil, l'objet un paraît un.
1. Quelle est la thèse d'Aristote et en quoi s'oppose-t-elle à celle de Protagoras dans la partie précédente ?
2. Comment Aristote justifie-t-il sa thèse ?

Complément : le relativisme et les principes de la raison

Aristote : Les principes de la raison

La logique est l'étude des règles que doit respecter tout raisonnement ou toute argumentation pour être correcte. Aristote en donne les principes fondamentaux au "livre Gamma" de la "Métaphysique". Les raisonnements doivent, selon lui, s'appuyer sur des principes logiques pour être valables.
Aristote énumère trois principes de la raison :

  • Principe d’identité : A est A. Une chose est ce qu’elle est. Si j’appelle un « livre », un « arbre » ou un « chapeau », je ne suis plus dans l’ordre de la raison. Je suis dans l’irrationnel et personne ne peut plus me comprendre.
  • Principe de non-contradiction : A n’est pas non A. Une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps et dans le même lieu. Je ne peux pas dire « il pleut » et « il ne pleut pas » concernant un même lieu et un même temps.
  • Principe du tiers exclu : A est soit = à B soit # de B, mais il n’y a pas de troisième possibilité logique. Par exemple, soit nous sommes le jour, soit nous sommes la nuit, mais il n'y a pas d'autre possibilité.

Exercice
Lequel de ces trois principes les sophistes ne respectent pas selon Aristote dans le texte étudié ? Justifiez votre réponse à l'aide du texte.

Platon : réfutation du relativisme de Protagoras

Platon, Théétète (vers 369 av. J.-C.)
En général, j'aime fort la doctrine de Protagoras, que ce qui paraît à chacun existe pour lui ; mais le début de son discours m'a surpris. Je ne vois pas pourquoi, au commencement de la Vérité, il n'a pas dit que la mesure de toutes choses, c'est le porc, ou le cynocéphale ou quelque bête encore plus étrange parmi celles qui sont capables de sensation. C'eût été un début magnifique et d'une désinvolture hautaine ; car il eût ainsi montré que, tandis que nous l'admirions comme un dieu pour sa sagesse, il ne valait pas mieux pour l'intelligence, je ne dirai pas que tout autre homme, mais qu'un têtard de grenouille. Autrement que dire, Théodore ? Si, en effet, l'opinion que chacun se forme par la sensation est pour lui la vérité, si l'impression d'un homme n'a pas de meilleur juge que lui-même, et si personne n'a plus d'autorité que lui pour examiner si son opinion est exacte ou fausse ; si, au contraire, comme nous l'avons dit souvent, chacun se forme à lui seul ses opinions et si ces opinions sont toujours justes et vraies, en quoi donc, mon ami, Protagoras était-il savant au point qu'on le croyait à juste titre digne d'enseigner les autres et de toucher de gros salaires, et pourquoi nous-mêmes étions-nous plus ignorants, et obligés de fréquenter son école, si chacun est pour soi-même la mesure de sa propre sagesse ? Pouvons-nous ne pas déclarer qu'en disant ce qu'il disait, Protagoras ne parlait pas pour la galerie ? Quant à ce qui me concerne et à mon art d'accoucheur, et je puis dire aussi à la pratique de la dialectique en général, je ne parle pas du ridicule qui les atteint. Car examiner et entreprendre de réfuter mutuellement nos idées et nos opinions, qui sont justes pour chacun, n'est-ce pas s'engager dans un bavardage sans fin et s'égosiller pour rien, si la Vérité de Protagoras est vraie, et s'il ne plaisantait pas quand il prononçait ses oracles du sanctuaire de son livre ?
Quels sont les arguments de Socrate contre le relativisme de Protagoras ?
Définition

Cynocéphale : créature mythologique ou légendaire possédant un corps humain et une tête de chien.