1. Pas de vérité, mais des vérités ?
NOTIONS COMPLÉMENTAIRES : la raison, le bonheur
Le scepticisme
Vidéos introductives
Texte d'Eusèbe de Césarée sur Pyrrhon d'Élis
- Vérité : correspondance entre le discours et la chose, entre les faits et ce qui est dit ou pensé des faits.
- Aphasie : suspension du jugement (refus de se prononcer).
- Ataraxie : tranquillité de l'âme, absence de trouble.
| Eusèbe de Césarée, Préparation évangélique (IVe siècle apr. J.-C.) |
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| Il est nécessaire, avant tout, de faire porter l'examen sur notre pouvoir de connaissance, car si la nature ne nous a pas faits capables de connaître, il n'y a plus à poursuivre l'examen de quelque autre chose que ce soit. (…) Pyrrhon d'Élis soutint en maître cette thèse. Il dit que celui qui veut être heureux a trois points à considérer : d'abord quelle est la nature des choses ; ensuite dans quelle disposition nous devons être à leur égard ; enfin ce qui en résultera pour ceux qui sont dans cette disposition. Les choses, dit-il, il les montre également indifférentes, immesurables, indécidables. C'est pourquoi ni nos sensations, ni nos jugements, ne peuvent, ni dire vrai, ni se tromper. Par suite, il ne faut pas leur accorder la moindre confiance, mais être sans jugement, sans inclination d'aucun côté, inébranlable, en disant de chaque chose qu'elle n'est pas plus qu'elle n'est pas, ou qu'elle est et n'est pas, ou qu'elle n'est ni n'est pas. Pour ceux qui se trouvent dans ces dispositions, ce qui en résultera, dit Timon, c'est d'abord l'aphasie, puis l'ataraxie. |
| 1. La doctrine soutenue par Pyrrhon d'Élis se nomme scepticisme. Qu'affirme cette doctrine à propos de la connaissance et de la vérité ? 2. Comment Pyrrhon justifie-t-il cette thèse ? 3. Comment être heureux, selon un sceptique ? 4. Comment René Descartes réfute-t-il le scepticisme avec son cogito (« Je pense, donc je suis ») ? Voir les deux textes suivants. 5. Voyez-vous d'autres arguments contre le scepticisme ? |
Le scepticisme considère qu'aucune certitude n'est possible, donc que l'on ne peut rien dire de vrai. Nos connaissances sont donc seulement probables.
- Vrai : Est vrai tout discours qui correspond à la réalité
- Probable : Ce qui n'est pas certain, mais seulement vraisemblable. Cela semble vrai, c'est-à-dire : cela a plus de chance d'être vrai que faux, mais on ne peut pas en être certain.
- Certain : Ce dont nous ne pouvons pas douter, ce dont nous savons que c'est vrai car cela ne peut pas être réfuté.
Descartes : le cogito contre le scepticisme
| René Descartes, Méditations métaphysiques (1641) et Discours de la Méthode (1637) |
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| « Je suppose donc que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n'a jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de mensonges me représente ; je pense n'avoir aucun sens ; je crois que le corps, la figure, l'étendue, le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon esprit. (…) Je me suis persuadé qu'il n'y avait rien du tout dans le monde, qu'il n'y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits, ni aucuns corps ; ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n'étais point ? Non certes, j'étais sans doute, si je me suis persuadé, ou seulement si j'ai pensé quelque chose. » (Méditations métaphysiques) « Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. » (Discours de la méthode) |
Le relativisme
Définitions
En philosophie, le relativisme est une doctrine qui considère que toute affirmation est variable suivant les circonstances et les personnes. Pour une même question, il n'y aurait donc pas une seule réponse vraie possible, mais autant de vérités que de personnes, ou de sociétés pour ce qui concerne les questions morales et culturelles. Pour le relativisme, tous les points de vue personnels ont donc la même valeur (relativisme épistémologique), et toutes les cultures se valent (relativisme moral).
- Absolu : ce qui ne dépend de rien d'extérieur pour exister ou être vrai. Ce qui est donc valable pour tous, partout et toujours.
- Par exemple : 2+2=4.
- Relatif : ce qui dépend d'autre chose que soit pour exister ou être vrai. Ce qui est donc variable selon les personnes, les cultures, les époques.
- Par exemple : « C'est beau », « C'est laid ».
Vidéos introductives
Texte de Platon : l'argument de Protagoras
Cet extrait du dialogue Thééthète de Platon met en scène Protagoras, un célèbre philosophe grec, représentant de l'école des sophistes (mot qui vient du grec sophistès : « spécialiste du savoir »). Les sophistes sont considérés comme les adversaires philosophiques de Socrate puis de Platon, qui leur reprochent de vendre leur savoir, mais surtout de ne pas chercher la vérité, le bien ou la justice, mais seulement leur propre gloire en défendant grâce à la rhétorique n’importe quelle opinion. Les sophistes jouent un rôle primordial dans la naissance de la démocratie à Athènes : grâce à leur enseignement de la rhétorique, ils apprennent aux jeunes Athéniens à argumenter leurs positions et à se faire une place dans la cité.
- Objectif : se dit d'une affirmation qui ne dépend que de l'objet pour être vraie, et sur laquelle tout le monde peut s'accorder.
- Par exemple : dire que « La Terre tourne autour du soleil » est une affirmation objective, car elle ne dépend pas de l'individu qui la prononce, et que tout le monde peut la vérifier.
- Subjectif : se dit d'une affirmation qui dépend du sujet qui la formule, de sa manière de percevoir les choses.
- Par exemple : dire que le goût d'un aliment est agréable est subjectif, car cela ne dépend pas de l'aliment, mais de la perception du sujet qui le mange.
| Platon, Théétète (Ve s. av. J.-C.) |
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| Allons, bienheureux homme, poursuivra Protagoras, sois plus brave, attaque-moi sur mes propres doctrines et réfute-les, si tu peux, en prouvant que les sensations qui arrivent à chacun de nous ne sont pas individuelles, ou, si elles le sont, qu'il ne s'ensuit pas que ce qui paraît à chacun devient, ou s'il faut dire être, est pour celui-là seul à qui il paraît. (…) Car j'affirme, moi, que la vérité est telle que je l'ai définie, que chacun de nous est la mesure de ce qui est et de ce qui n'est pas, mais qu'un homme diffère infiniment d'un autre précisément en ce que les choses sont et paraissent autres à celui-ci, et autres à celui-là. Quant à la sagesse et à l'homme sage, je suis bien loin d'en nier l'existence ; mais par homme sage j'entends précisément celui qui, changeant la face des objets, les fait apparaître et être bons à celui à qui ils apparaissaient et étaient mauvais. Et ne va pas de nouveau donner la chasse aux mots de cette définition ; je vais m'expliquer plus clairement pour te faire saisir ma pensée. Rappelle-toi, par exemple, ce qui a été dit précédemment, que les aliments paraissent et sont amers au malade et qu'ils sont et paraissent le contraire à l'homme bien portant. Ni l'un ni l'autre ne doit être représenté comme plus sage — cela n'est même pas possible — et il ne faut pas non plus soutenir que le malade est ignorant, parce qu'il est dans cette opinion, ni que l'homme bien portant est sage, parce qu'il est dans l'opinion contraire. Ce qu'il faut, c'est faire passer le malade à un autre état, meilleur que le sien. |
| Quelle est la thèse de Protagoras sur la vérité et sur la sagesse et comment la justifie-t-il ? |