D
Déontologie
Doctrine morale (du grec deon, « ce qu'il faut faire ») qui juge une action d'après sa conformité au devoir, et non d'après ses conséquences.
- Forme exemplaire chez Kant : un acte n'a de valeur morale que s'il est accompli par devoir, selon une maxime universalisable, quelles qu'en soient les suites.
- S'oppose au conséquentialisme (dont l'utilitarisme) : pour la déontologie, certaines actions (mentir, tuer un innocent) sont interdites en elles-mêmes.
Termes liés : par devoir, impératif catégorique, éthique.
Désir
Mouvement qui, au-delà du simple besoin, nous porte vers ce que nous nous représentons comme source de satisfaction.
- Le désir naît d'un manque : il s'accompagne d'une tension, voire d'une souffrance (image platonicienne du tonneau percé, toujours à remplir).
- Épicure distingue les désirs naturels et nécessaires (manger, boire), naturels non nécessaires (les mets raffinés) et vains (richesse, gloire) : le bonheur suppose de s'en tenir aux premiers.
- Pour Freud, le désir vise moins un objet réel que la reprise d'une satisfaction passée inscrite dans la mémoire.
Termes liés : ataraxie, principe de plaisir / principe de réalité.
Désobéissance civile
Refus public, argumenté et non violent d'obéir à une loi jugée injuste, en acceptant la sanction qui en découle.
- Le terme est forgé par Henry David Thoreau (La Désobéissance civile, 1849) : la conscience individuelle doit primer sur le législateur ; il faut désobéir à une loi injuste, quitte à en accepter la sanction.
- John Rawls en propose une définition rigoureuse : la désobéissance civile est publique, non violente, fondée en raison (et non sur l'intérêt particulier) et accepte la sanction.
- Antécédents : Antigone invoque les lois non écrites contre l'édit de Créon ; le Manifeste des 343 (1971) en est une illustration historique française.
- À distinguer de la simple révolte : la désobéissance civile reconnaît la légitimité générale du droit pour mieux contester une loi particulière.
Déterminisme
Doctrine selon laquelle tout phénomène, y compris les actions humaines, est produit par des causes antérieures qui le rendent nécessaire.
- Principe de la science : les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ; connaître les lois permet de prévoir.
- Appliqué à l'esprit, le déterminisme s'oppose au libre arbitre : nos choix ne seraient que l'effet nécessaire de causes qui nous échappent — biologiques (Nietzsche), psychiques, ou sociales (Bourdieu).
- Spinoza : nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent (image de la pierre qui, pensante, croirait choisir son mouvement).
Termes liés : libre arbitre, nécessité.
Dialectique du maître et de l'esclave
Analyse de Hegel (Phénoménologie de l'esprit) : dans la lutte pour la reconnaissance, le vainqueur devient maître et le vaincu esclave — mais le rapport finit par se renverser.
- Le maître jouit sans travailler et dépend de l'esclave ; l'esclave, en transformant la nature par son travail, accède à la conscience de soi et à l'autonomie.
- C'est donc le travail, et non la domination, qui est source de liberté et d'humanisation.
Termes liés : aliénation, division du travail.
Divertissement
Chez Pascal, tout ce vers quoi l'homme se tourne pour oublier sa condition — sa finitude, sa mort, le vide de son existence.
- Le divertissement (« se détourner » : di-vertere) empêche l'homme de penser à lui-même : chasse, jeu, agitation, spectacles.
- Grandeur et misère : la pensée fait la dignité de l'homme, mais elle lui révèle une condition qu'il fuit dans le divertissement.
Termes liés : carpe diem, souverain bien.
Division du travail
Répartition et parcellisation des tâches dans la production, chacun n'accomplissant qu'une partie de l'ouvrage.
- Adam Smith y voit la source de la productivité (l'exemple de la manufacture d'épingles) ; Marx, la source de l'aliénation du travailleur, réduit à un geste répétitif et dépossédé du sens de son activité.
- Enjeu : le travail humanise-t-il l'homme ou le mutile-t-il ?
Termes liés : aliénation, dialectique du maître et de l'esclave.
Doute
Incertitude de l'esprit qui, faute de raisons suffisantes, suspend son jugement.
- Le doute méthodique (ou hyperbolique) de Descartes est volontaire et provisoire : douter de tout — jusqu'à l'hypothèse d'un « malin génie » trompeur — pour atteindre une certitude inébranlable, le cogito.
- À distinguer du doute sceptique, permanent et sans issue : le doute cartésien n'est qu'un instrument au service de la certitude.
Termes liés : cogito, croire / savoir.
Droits naturels
Droits que l'être humain possède par nature, indépendamment des lois d'une société donnée (le droit positif).
- Apparue au XVIIᵉ siècle, la notion sert de fondement au droit positif : la liberté, l'égalité, la propriété sont ainsi tenues pour des droits naturels (Locke).
- Chez Locke, l'État a pour mission de préserver ces droits ; s'il les trahit, le peuple dispose d'un droit de résistance.
Termes liés : contractualisme, fait / droit.
Dualisme
Toute doctrine qui admet deux principes irréductibles.
- En philosophie de l'esprit, le dualisme de Descartes distingue deux substances : l'âme (res cogitans, la pensée) et le corps (res extensa, l'étendue).
- Se pose alors le problème de leur union et de leur interaction (Descartes la situe dans la glande pinéale).
- S'oppose au monisme matérialiste, pour qui il n'y a qu'une seule réalité (la matière, le cerveau).
Termes liés : res cogitans, matière, cogito.
Durée
Le temps vécu, saisi comme une continuité indivisible et qualitative, par opposition au temps mesuré par l'horloge.
- Chez Bergson, la durée « fait fondre » nos états de conscience les uns dans les autres au lieu de les juxtaposer comme des points sur une ligne ; le temps de la science, lui, « divise et mesure » (La Perception du changement).
- Exemple de la mélodie : une succession pure et indivisible, qu'on trahit dès qu'on la « découpe » en notes séparées.
- S'oppose à la spatialisation du temps (se le représenter comme une ligne divisible), source des apories sur le temps.
Voir : leçon Le temps, Bergson