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Paradoxe de Zénon
Argument de Zénon d'Élée visant à montrer que le mouvement est impossible ou contradictoire.
- Exemple d'Achille et la tortue : le rapide Achille ne rattraperait jamais la tortue partie devant lui, car il devrait d'abord franchir une infinité d'intervalles.
- Le paradoxe naît de la division à l'infini de l'espace et du temps ; Bergson le résout en distinguant le mouvement réel (indivisible) de sa représentation spatiale (divisible).
Paradoxe du désir
Analyse de Schopenhauer : le désir condamne l'homme à osciller entre la souffrance du manque et l'ennui de la satisfaction — le bonheur durable y est impossible.
- Tant que le désir n'est pas comblé, on souffre du manque ; sitôt comblé, l'ennui succède, jusqu'à ce qu'un nouveau désir relance le cycle (image du pendule).
- Vision pessimiste, opposée à l'idéal épicurien de la satisfaction mesurée.
Termes liés : désir.
Par devoir
Chez Kant, expression désignant une action accomplie pour le devoir, c'est-à-dire par pur respect de la loi morale, et non par intérêt, par calcul ou par inclination.
- Distinction kantienne fondamentale (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785) : une action n'a de valeur morale que si elle est accomplie par devoir, et non simplement conformément au devoir.
- Exemple : le marchand qui pratique un prix fixe par calcul commercial agit conformément au devoir d'honnêteté, mais pas par devoir — son action n'a donc pas de valeur morale.
- Critère lié à l'impératif catégorique : agir selon une maxime universalisable et traiter autrui « toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen ».
- L'application stricte est discutée par Benjamin Constant dans l'exemple de l'assassin (Des réactions politiques, 1796), à laquelle Kant répond dans D'un prétendu droit de mentir par humanité (1797).
Passion
Affection durable et puissante de l'âme qui subit, par opposition à l'action de l'âme qui agit (du latin pati, « subir, souffrir »).
- Les passions sont traditionnellement vues comme des « troubles de l'âme » que la raison apprend à dominer (stoïciens) ; chez Kant, la passion marque « la victoire du sensible sur le rationnel ».
- Elle se distingue de l'émotion, brève : la passion s'installe à demeure et subordonne toutes les autres inclinations.
- Chez Hegel, rien de grand ne se fait sans passion : elle est la « ruse de la raison » qui mobilise les énergies au service de l'histoire.
Termes liés : désir, tempérance / maîtrise de soi.
Perfectibilité
Chez Rousseau, faculté propre à l'homme de se transformer et de développer ses autres facultés « à l'aide des circonstances » — ce qui le distingue de l'animal, figé dans son instinct.
- La perfectibilité explique que l'homme n'ait pas de nature fixe : il fait son histoire, pour le meilleur (progrès) comme pour le pire (corruption sociale).
- Elle fonde la primauté de la culture sur la nature : l'homme est l'animal qui se fait lui-même (Discours sur l'origine de l'inégalité).
Termes liés : nature / culture.
Personne
Être humain doué de raison, de liberté et de conscience morale, responsable de lui-même — par opposition à la simple chose.
- Notion centrale chez Kant : la personne est un sujet moral, une fin en soi et une valeur absolue, tandis que la chose n'est qu'un moyen à valeur relative.
- De là découle la dignité : ne jamais traiter une personne « simplement comme un moyen ».
- On distingue la personne physique (l'individu) de la personne morale (une institution, sujet de droit).
Termes liés : fin en soi / simple moyen, autonomie / hétéronomie, sujet / objet.
Persuader / convaincre
Convaincre, c'est emporter l'adhésion par des preuves et des raisons qui s'adressent à la raison ; persuader, c'est emporter l'adhésion par des moyens qui touchent la sensibilité (émotions, style, désirs).
- La conviction vaut universellement (une démonstration convainc tout esprit) ; la persuasion vise un auditoire particulier et peut se passer de vérité.
- Enjeu moral : la rhétorique et la publicité persuadent sans convaincre — d'où la méfiance de Platon envers les sophistes.
Phonè
Terme grec désignant la voix, en particulier le cri animal, par opposition au logos (langage articulé).
- Chez Aristote, l'animal a la phonè, qui exprime le plaisir et la douleur ; seul l'homme a le langage, qui énonce le juste et l'utile — d'où sa nature d'animal politique.
- La distinction sert à penser le propre de l'homme : communiquer des affects (phonè) n'est pas parler (logos).
Termes liés : logos, animal politique (zôon politikon).
Phronèsis
Terme grec (« prudence », « sagesse pratique ») désignant, chez Aristote, la vertu intellectuelle qui permet de bien délibérer et d'agir justement dans les situations concrètes.
- La phronèsis n'est pas un savoir théorique mais un discernement : elle juge au cas par cas ce que la règle générale ne peut prévoir.
- Notion centrale de l'éthique de la vertu (Aristote) : l'homme prudent est la mesure de la bonne action.
Phusis / nomos
Opposition grecque entre la phusis (la nature) et le nomos (la loi, la convention établie par les hommes).
- Les sophistes l'exploitent : les lois et la morale ne seraient que des conventions (nomos), non des données de nature. Calliclès (dans le Gorgias de Platon) en tire que « le juste selon la nature », c'est la loi du plus fort.
- Question centrale : nos règles morales et politiques sont-elles fondées en nature, ou de simples conventions révisables ?
Termes liés : nature / culture, légal / légitime.
Principe / cause / fin
Trois manières de rendre raison d'une chose : le principe est ce dont elle dépend (son point de départ logique) ; la cause, ce qui la produit ; la fin, ce en vue de quoi elle existe (son but).
- Aristote distingue quatre causes, dont la cause efficiente (ce qui produit) et la cause finale (le but) : la statue a pour cause efficiente le sculpteur, pour fin la beauté visée.
- La science moderne explique par les causes efficientes (« comment ? ») et se méfie des causes finales (« pourquoi ? »), renvoyées à la métaphysique ou à la religion.
Termes liés : origine / fondement.
Principe de plaisir / principe de réalité
Chez Freud, les deux principes qui régissent le fonctionnement psychique.
- Le principe de plaisir recherche la satisfaction immédiate des pulsions (le Ça) ; le principe de réalité impose de la différer ou de l'aménager en tenant compte du monde (le Moi).
- Le passage de l'un à l'autre marque la maturation psychique : apprendre à attendre, à renoncer, à sublimer.
Termes liés : Ça / Moi / Surmoi, refoulement, désir.
Public / privé
Le public concerne ce qui est commun, ouvert à tous et relève de l'État ; le privé concerne l'individu, sa sphère personnelle et intime.
- Distinction juridique et politique : l'espace public (la rue, le débat, la loi) se distingue de la vie privée (le domicile, la famille, les convictions).
- Enjeu : jusqu'où l'État peut-il intervenir dans le privé ? Où passe la frontière entre ce qui regarde tous et ce qui ne regarde que soi ?