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Eudémonisme

Définition​

L'eudémonisme (du grec eudaimonia, « bonheur ») pose que le bonheur est le souverain bien — la fin dernière que visent, consciemment ou non, toutes nos actions. Toute la morale devient alors une seule question : en quoi consiste ce bonheur, et par quel chemin l'atteindre ? À la différence des morales du devoir (Kant), qui séparent la valeur morale de la recherche du bonheur, l'eudémonisme fait du bonheur le principe et la fin de l'éthique. C'est le cadre commun de presque toute la philosophie morale antique.

Thèses​

1. Le bonheur est le souverain bien​

Toutes nos actions visent une fin ; ces fins s'ordonnent à une fin dernière, voulue pour elle-même et jamais comme moyen d'autre chose : le bonheur. Personne ne veut être heureux en vue d'autre chose. Le bonheur est donc le principe qui fonde toute l'éthique — le point sur lequel tous les Anciens s'accordent, d'Aristote aux stoïciens.

2. Le bonheur s'atteint par un art de vivre, non par la chance (principe méthodologique)​

Malgré son nom (eudaimonia, littéralement « avoir un bon daimôn », un bon génie), le bonheur eudémoniste ne dépend pas de la fortune, mais d'un exercice : cultiver la vertu (Aristote), discipliner ses désirs (Épicure), maîtriser ses jugements (les stoïciens). L'éthique n'est pas un savoir abstrait mais un art de vivre qui s'apprend et se pratique.

3. Le bonheur se juge sur une vie entière​

Le bonheur eudémoniste n'est pas un plaisir d'instant, mais une qualité de la vie prise dans son ensemble : « on ne peut dire d'un homme qu'il est heureux qu'au terme de sa vie » (Aristote, écho de la sagesse de Solon). Une vie heureuse, non un moment heureux. Ce critère distingue l'eudémonisme de l'hédonisme du présent (les Cyrénaïques).

4. Le débat interne : vertu ou plaisir ? (clivage)​

Les eudémonistes s'accordent sur la fin (le bonheur) mais s'opposent sur son contenu. Pour Aristote et les stoïciens, le bonheur réside dans la vertu et l'exercice de la raison — le plaisir n'en est qu'un accompagnement. Pour Épicure, le bonheur est le plaisir bien compris (le repos, l'ataraxie). L'eudémonisme n'est donc pas une doctrine unique, mais une famille de morales rivales réunies par une même question.

Auteurs​

  • Socrate (v. 470-399 av. J.-C.) — précurseur : le bien et le bonheur sont liés au savoir (« nul n'est méchant volontairement ») ; connaître le bien, c'est déjà tendre au bonheur. Connu par Platon.
  • Aristote (384-322 av. J.-C.) — figure centrale : le bonheur comme activité de l'âme conforme à la vertu, accomplie sur une vie entière ; Éthique à Nicomaque. Fiche : Aristote.
  • Épicure (341-270 av. J.-C.) — eudémonisme hédoniste : le plaisir-repos (ataraxie) mis au service d'une vie heureuse et sereine. Fiche : Épicure.
  • Épictète (v. 50 – v. 135 apr. J.-C.) et les stoïciens (Zénon de Cittium, Sénèque, Marc Aurèle) — eudémonisme de la vertu et de la raison : le bonheur, c'est ne dépendre que de soi et vivre en accord avec la nature. Fiche : Épictète.
  • Renouveau contemporain — l'éthique des vertus (néo-aristotélisme) : G. E. M. Anscombe (« Modern Moral Philosophy », 1958), Alasdair MacIntyre (After Virtue, 1981), Martha Nussbaum ; retour au bonheur et aux vertus contre les morales de la seule règle.

Courants liés​

Courants apparentés

  • Hédonisme — une espèce de l'eudémonisme : le bonheur y est identifié au plaisir (cf. Hédonisme).
  • Stoïcisme, Épicurisme, Aristotélisme — trois grandes variantes eudémonistes, qui s'accordent sur la fin (le bonheur) et divergent sur les moyens (vertu, plaisir-repos, contemplation) (cf. Stoïcisme).
  • Éthique des vertus contemporaine — reprise néo-aristotélicienne du couple bonheur/vertu.

Courants opposés

  • Déontologisme kantien — désaccord fondamental : la morale ne vise pas le bonheur mais le devoir ; le bonheur n'est pas un principe moral, seulement (au mieux) une récompense de la vertu. Il faut se rendre digne d'être heureux, non chercher à l'être (cf. Déontologisme).
  • Morales du sacrifice (religieuses ou héroïques) — désaccord fondamental : elles placent une valeur (Dieu, autrui, la loi) au-dessus du bonheur personnel, qu'elles demandent parfois de sacrifier.

Vidéo complémentaire​