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Platon

Biographie

Platon (428/427-348/347 av. J.-C.) est un philosophe grec né à Athènes dans une grande famille aristocratique. Son vrai nom serait Aristoclès ; « Platon » (platôn, « le large ») serait un surnom lié à sa carrure ou à l'ampleur de son style. Destiné par sa naissance à la carrière politique, il est détourné de cette voie par sa rencontre décisive avec Socrate, dont il devient le disciple vers vingt ans.

La condamnation à mort de Socrate, en 399, par la démocratie athénienne, est l'événement fondateur de sa pensée. Elle lui fait rompre avec la vie politique de son temps et fait naître une conviction qui traverse toute son œuvre : une cité ne peut être juste que si elle est gouvernée selon le savoir, et non selon l'opinion ou l'intérêt du plus fort. Après la mort de Socrate, Platon voyage (Mégare, l'Égypte peut-être, l'Italie du Sud où il rencontre les pythagoriciens), puis se rend à Syracuse, en Sicile, où il tente en vain de convertir les tyrans Denys l'Ancien puis Denys le Jeune à sa philosophie politique — trois voyages qui se soldent par des échecs, voire des dangers pour sa vie.

Concepts

1. La théorie des Idées (eidos)

C'est le cœur de la philosophie de Platon. Une Idée (en grec eidos ou idea, « forme visible », « aspect ») n'est pas une pensée subjective dans notre tête : c'est une réalité en soi, éternelle, immuable et parfaite, qui existe indépendamment de nous. Il y a l'Idée du Beau, l'Idée du Juste, l'Idée du Cercle, l'Idée du Bien.

Les choses sensibles que nous percevons (une belle personne, une action juste, un cercle tracé à la craie) ne sont que des copies imparfaites et passagères de ces Idées. Un cercle dessiné n'est jamais parfaitement rond ; il « participe » au Cercle en soi sans jamais l'égaler. De même, aucune action juste n'épuise ce qu'est la Justice elle-même.

Cette distinction entre le sensible et les Idées permet de fonder la connaissance vraie (épistémè) contre la simple opinion (doxa). Je ne connais vraiment le beau que si je connais l'Idée du Beau, qui me sert de modèle pour juger toutes les belles choses. Le monde sensible relève de l'opinion (il change sans cesse) ; le monde intelligible des Idées relève du savoir. Connaître, c'est se détourner du sensible pour s'élever vers l'intelligible — mouvement figuré par l'allégorie de la caverne.

2. L'âme tripartite

Dans La République (livre IV), Platon soutient que l'âme humaine comporte trois parties, souvent en conflit :

  • la partie rationnelle (logistikon), qui calcule, juge et connaît le vrai ;
  • la partie ardente ou le cœur (thumos), siège du courage, de la colère, du sens de l'honneur ;
  • la partie désirante (epithumia), siège des appétits du corps (faim, soif, désirs sexuels, soif de richesses).

Le Phèdre donne de cette division une image célèbre : l'âme est un attelage ailé, un cocher (la raison) qui doit conduire deux chevaux, l'un noble et docile (le cœur), l'autre rétif et emporté (le désir).

La justice dans l'âme, c'est l'harmonie de ces trois parties, chacune remplissant sa fonction sous le commandement de la raison. L'homme injuste ou malheureux est celui dont les désirs commandent à la place de la raison. Ce concept est directement utile pour penser le bonheur et la maîtrise de soi : il fournit le cadre théorique du débat entre Socrate et Calliclès (faut-il satisfaire tous ses désirs, ou les hiérarchiser par la raison ?).

3. La réminiscence (anamnèsis)

Comment expliquer que nous puissions connaître les Idées, alors que nous ne les percevons jamais par les sens ? La réponse de Platon est : connaître, c'est se ressouvenir. L'âme est immortelle ; avant de s'incarner dans un corps, elle a contemplé directement les Idées. En naissant, elle les a oubliées ; apprendre n'est donc pas recevoir un savoir du dehors, mais réveiller en soi un savoir déjà présent.

Platon en donne une démonstration célèbre dans le Ménon : Socrate interroge un jeune esclave sans instruction et, par ses seules questions, lui fait retrouver un théorème de géométrie (comment doubler la surface d'un carré). L'esclave n'a rien appris de personne : il a « re-trouvé » en lui une vérité qu'il possédait sans le savoir.

Ce concept fonde une certaine idée de l'enseignement : le maître ne verse pas un savoir dans un esprit vide, il accouche l'élève des vérités qu'il porte déjà (voir la maïeutique).

4. Dialectique et maïeutique (contre la rhétorique des sophistes)

La dialectique est la méthode philosophique par excellence chez Platon : c'est l'art du dialogue rigoureux qui, par questions et réponses, s'élève progressivement des opinions confuses vers les Idées. Elle procède par réfutation (elenchos) — on montre à l'interlocuteur que ses affirmations se contredisent — puis par division — on distingue les concepts pour définir précisément ce qu'on cherche.

La maïeutique (du grec maieutikê, « art d'accoucher » ; la mère de Socrate était sage-femme) est le versant socratique de cette méthode : par ses questions, Socrate « accouche » son interlocuteur des vérités qu'il porte sans le savoir, sans jamais lui imposer de doctrine.

Ce concept se forge contre la rhétorique des sophistes. Le sophiste veut persuader (faire triompher son opinion, vraie ou fausse, devant une foule) ; le philosophe veut convaincre en cherchant le vrai avec un seul interlocuteur. La rhétorique flatte ; la dialectique examine. C'est tout l'enjeu du Gorgias.

5. L'intellectualisme moral : « nul n'est méchant volontairement »

Thèse socratique reprise par Platon : la vertu est un savoir, et le vice une ignorance. Personne ne fait le mal en le sachant vraiment mal pour lui ; si l'on fait le mal, c'est qu'on se trompe sur ce qui est réellement bon. Le méchant est donc, au fond, un ignorant qui prend un faux bien (l'argent, le plaisir immédiat, le pouvoir) pour le vrai bien.

Cette thèse a une conséquence forte, développée dans le Gorgias : commettre l'injustice est un plus grand mal que la subir, car celui qui la commet abîme et dérègle son âme, tandis que celui qui la subit ne subit qu'un mal extérieur. L'injuste est donc toujours plus malheureux que sa victime.

Elle se forge contre l'évidence commune (on croit qu'on peut faire le mal en connaissance de cause, par faiblesse ou par méchanceté). Aristote la critiquera d'ailleurs en introduisant la notion de faiblesse de la volonté (akrasia) : on peut savoir le bien et ne pas le faire.

Notions du programme

NotionLien avec l'auteur
BonheurLe Gorgias oppose deux conceptions du bonheur (jouissance illimitée / vie ordonnée par la raison) ; La République soutient que l'homme juste est le plus heureux.
JusticeLa République cherche à définir la justice, dans la cité (chacun à sa place) comme dans l'âme (harmonie des trois parties) ; Gorgias : mieux vaut subir l'injustice que la commettre.
VéritéL'allégorie de la caverne (République, VII) figure l'accès à la vérité comme sortie hors des apparences ; Théétète : qu'est-ce que la connaissance ?
RaisonLa partie rationnelle de l'âme doit commander ; la dialectique est l'exercice de la raison qui s'élève vers les Idées.
LibertéGorgias : la vraie liberté n'est pas « faire ce qu'on veut » (Calliclès) mais se commander à soi-même ; l'esclave de ses désirs n'est pas libre.
ÉtatLa République décrit la cité idéale gouvernée par les philosophes ; Le Politique et Les Lois prolongent la réflexion sur le meilleur gouvernement.
ArtLa République (X) condamne l'art comme imitation (mimèsis) : copie de copie, il éloigne de la vérité et flatte les passions ; d'où le bannissement des poètes de la cité.
LangageLe Cratyle pose la question de la justesse des noms : les mots disent-ils la nature des choses, ou ne sont-ils que des conventions ?

Œuvres

Apologie de Socrate (vers 399-390 av. J.-C.)

Platon met en scène la défense de Socrate devant le tribunal d'Athènes qui le condamne à mort pour impiété et corruption de la jeunesse. Socrate y revendique son ignorance comme une supériorité sur ses accusateurs : il est plus sage qu'eux parce qu'il ne croit pas savoir ce qu'il ne sait pas (21d) — c'est ce que résume la formule proverbiale « je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien », qui n'est pas dans le texte au sens littéral. Il présente la philosophie comme un devoir sacré. Texte fondateur de la figure du philosophe martyr de la vérité.

Criton (vers 399-390 av. J.-C.)

Dans sa prison, Socrate refuse de s'évader, alors que son ami Criton lui en offre les moyens. Il fait parler les Lois de la cité : puisqu'il a bénéficié d'elles toute sa vie, il ne peut leur désobéir sous prétexte qu'elles lui sont défavorables. Texte classique sur le devoir, l'obéissance à la loi et le rapport de l'individu à l'État.

Gorgias (vers 387 av. J.-C.)

Dialogue sur la rhétorique, la justice et le bonheur. Socrate y affronte successivement Gorgias, Polos et surtout Calliclès, qui défend le droit du plus fort et la satisfaction illimitée des désirs. Socrate oppose la tempérance, l'image du tonneau percé, et la thèse selon laquelle il vaut mieux subir l'injustice que la commettre. Support principal de la leçon sur le bonheur.

Le Banquet (vers 380 av. J.-C.)

Une série de discours prononcés lors d'un banquet à la louange de l'amour (Erôs). Le sommet est le discours de Socrate rapportant l'enseignement de Diotime : l'amour est désir de ce qui nous manque, et il peut s'élever du désir d'un beau corps jusqu'à la contemplation du Beau en soi. Texte majeur sur le désir et l'ascension vers les Idées.

La République (vers 375 av. J.-C.)

Le grand œuvre de Platon, en dix livres. Partant de la question « qu'est-ce que la justice ? », il construit le modèle d'une cité idéale gouvernée par les philosophes, expose la théorie de l'âme tripartite, l'allégorie de la caverne (livre VII), et la critique de l'art comme imitation (livre X). Traité de politique, de morale, de connaissance et d'éducation.

Phédon (vers 380 av. J.-C.)

Récit des derniers instants de Socrate, qui discute de l'immortalité de l'âme avant de boire la ciguë. On y trouve l'idée que philosopher, c'est apprendre à mourir (se détacher du corps pour l'âme et la vérité), ainsi qu'une exposition de la théorie des Idées et de la réminiscence.

Vidéo complémentaire