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Aristote

Biographie

Aristote (384-322 av. J.-C.) est un philosophe grec né à Stagire, en Macédoine. Fils d'un médecin attaché à la cour du roi de Macédoine, il entre à dix-sept ans à l'Académie de Platon, à Athènes, où il reste vingt ans comme élève puis comme enseignant. Après la mort de Platon (347), il quitte Athènes, voyage en Asie Mineure, puis devient le précepteur du jeune Alexandre le Grand.

En 335, il revient à Athènes et fonde sa propre école, le Lycée (aussi appelé le Péripatos, d'où le nom de « péripatéticiens » donné à ses disciples, car il enseignait en marchant). Il y enseigne pendant douze ans. À la mort d'Alexandre (323), un sentiment anti-macédonien se répand à Athènes ; Aristote quitte la ville, déclarant qu'il ne veut pas que les Athéniens « pèchent deux fois contre la philosophie » (allusion à la condamnation de Socrate). Il meurt un an plus tard à Chalcis, en Eubée.

Concepts

1. Eudaimonia (bonheur)

Le bonheur (eudaimonia, littéralement « avoir un bon daimôn », un bon génie protecteur) est le souverain bien : la fin ultime à laquelle tendent toutes les actions humaines. Il ne se confond pas avec le plaisir ni avec la satisfaction momentanée. Il consiste dans l'activité de l'âme conforme à la vertu, exercée tout au long d'une vie complète. Le bonheur est donc une pratique, pas un état : on ne peut dire d'un homme qu'il est heureux qu'à la fin de sa vie.

2. Vertu (arétè) et juste milieu

La vertu (arétè = excellence) est une disposition acquise par l'habitude à choisir le juste milieu entre deux excès. Le courage, par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté (défaut) et la témérité (excès). Ce juste milieu n'est pas une médiocrité mais un sommet : il est relatif à chacun et demande du discernement (phronèsis, prudence ou sagesse pratique). La vertu n'est pas innée : elle s'acquiert par la répétition des actes vertueux, comme un artisan acquiert son savoir-faire par l'exercice.

3. Phusis (nature)

La nature (phusis, de phuein : croître, naître) est le principe interne de mouvement et de repos propre aux êtres naturels. Un être naturel porte en lui-même la cause de son changement (un gland devient chêne), à la différence d'un objet artificiel (technè), dont la cause est extérieure (l'artisan). La nature d'un être, c'est aussi sa fin (telos) : ce vers quoi il tend pour s'accomplir pleinement. La nature du gland est de devenir chêne ; la nature de l'homme est de vivre selon la raison, dans la cité.

4. Acte et puissance (energeia / dunamis)

Tout être est composé de puissance (ce qu'il peut devenir) et d'acte (ce qu'il est effectivement). Le bloc de marbre est en puissance une statue ; la statue achevée est en acte. Le gland est un chêne en puissance ; le chêne adulte est un chêne en acte. L'acte est toujours antérieur à la puissance : c'est la fin (le chêne) qui explique le commencement (le gland). Ce couple conceptuel permet de penser le changement sans contradiction : ce qui change passe de la puissance à l'acte.

5. Zôon politikon (animal politique)

L'homme est par nature un animal politique (zôon politikon) : il est fait pour vivre dans une cité (polis), c'est-à-dire dans une communauté organisée par des lois et orientée vers le bien commun. La cité n'est pas un contrat artificiel entre individus isolés : elle est naturelle, car l'homme ne peut s'accomplir pleinement (atteindre le bonheur, exercer la vertu) qu'au sein d'une communauté. Le langage (logos), qui distingue l'homme de l'animal, n'est pas fait seulement pour exprimer le plaisir et la douleur, mais pour délibérer sur le juste et l'injuste.

Notions du programme

NotionLien avec Aristote
Le bonheurLe bonheur comme souverain bien, activité selon la vertu (Éthique à Nicomaque, I et X)
La natureLa nature comme principe interne, la distinction naturel/artificiel, la finalité (Physique, II)
L'ÉtatL'homme comme animal politique, la cité comme communauté naturelle (Politique, I)
La justiceLa justice distributive et la justice corrective, l'équité (Éthique à Nicomaque, V)
L'artLa mimèsis et la catharsis (Poétique)
La techniqueLa distinction phusis / technè, la main comme « outil des outils » (Les Parties des animaux, IV, 10)
Le devoirLa vertu comme disposition, la prudence (phronèsis) (Éthique à Nicomaque, II et VI)
La conscienceL'âme comme forme du corps vivant (De l'Âme, II)
Le langageLe logos comme propre de l'homme, la délibération politique (Politique, I, 2)

Œuvres

Éthique à Nicomaque (vers 335-322 av. J.-C.)

Traité d'éthique en dix livres, dédié à son fils Nicomaque. Aristote y définit le bonheur (eudaimonia) comme le souverain bien, c'est-à-dire la fin ultime de toutes nos actions. Le bonheur n'est ni le plaisir, ni la richesse, ni les honneurs, mais une activité de l'âme selon la vertu, dans une vie achevée. Aristote y développe aussi sa doctrine des vertus morales (courage, tempérance, justice...) comme justes milieux entre deux excès.

Politique (vers 335-322 av. J.-C.)

Traité en huit livres où Aristote analyse les différentes formes de gouvernement (monarchie, aristocratie, politeia, et leurs formes dégradées : tyrannie, oligarchie, démocratie). L'ouvrage commence par la célèbre affirmation que l'homme est un « animal politique » (zôon politikon) : il est par nature fait pour vivre en communauté organisée (la cité). Celui qui vit hors de la cité est « soit une bête, soit un dieu ».

De l'Âme (Peri Psychès, vers 350 av. J.-C.)

Traité en trois livres consacré à l'âme (psychè), entendue non comme une substance immatérielle séparée du corps, mais comme la forme d'un corps vivant. L'âme est ce qui fait qu'un corps est vivant : elle est le principe de ses fonctions vitales (nutrition, sensation, pensée). Aristote distingue trois types d'âme : végétative (plantes), sensitive (animaux), intellective (homme).

Physique (vers 350 av. J.-C.)

Traité fondamental sur la nature (phusis). Aristote y définit la nature comme principe interne de mouvement et de repos : est naturel ce qui porte en soi-même le principe de son changement (une plante qui pousse), par opposition à l'artificiel (un lit qui ne germe pas). Il y élabore aussi la théorie des quatre causes (matérielle, formelle, efficiente, finale).

Poétique (vers 335 av. J.-C.)

Traité sur l'art poétique, en particulier la tragédie. Aristote y développe le concept de mimèsis (imitation) : l'art n'est pas une copie servile de la réalité mais une représentation qui dit le possible et l'universel. La tragédie produit chez le spectateur la catharsis, une purification des passions (pitié et crainte) par le spectacle de l'action dramatique.

Vidéo complémentaire