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Épictète

Biographie

Épictète (Hiérapolis, en Phrygie, v. 50 – Nicopolis, en Épire, v. 135 apr. J.-C.) est le philosophe stoïcien qui, d'ancien esclave, a fait de la liberté intérieure le cœur de la sagesse : peu importe la condition extérieure, nul ne peut m'asservir si je ne le veux pas.

Né esclave à Hiérapolis, il appartient à Rome à Épaphrodite, un affranchi de Néron. C'est là qu'il suit l'enseignement du stoïcien Musonius Rufus, qui le marque profondément. Affranchi à son tour, il enseigne la philosophie à Rome, jusqu'à ce que l'empereur Domitien, hostile aux philosophes, les bannisse de la ville (vers 93 apr. J.-C.). Épictète se retire alors à Nicopolis, en Grèce, où il ouvre une école qui attire de nombreux disciples, dont de futurs hauts fonctionnaires de l'Empire.

Concepts

1. Ce qui dépend de nous / ce qui n'en dépend pas (eph'hêmin / ouk eph'hêmin)

C'est le geste fondateur du stoïcisme d'Épictète : partager le monde en deux. D'un côté, ce qui dépend de nous — nos jugements, nos désirs, nos aversions, bref l'usage que nous faisons de nos représentations ; c'est le seul domaine où nous sommes pleinement maîtres. De l'autre, ce qui ne dépend pas de nous — le corps, les biens, la réputation, la place sociale, la mort : tout cela nous échappe. La source de tout malheur, dit Épictète, est de confondre les deux : vouloir maîtriser ce qui ne dépend pas de nous (rester en bonne santé, être aimé de tous), et négliger le seul domaine qui nous appartient. Le sage fait l'inverse : il concentre tout son effort sur ses jugements, et consent au reste. Il devient alors invulnérable.

2. Le pouvoir des jugements (l'usage des représentations, phantasiai)

Entre les choses et nous s'interpose toujours un jugement. Une représentation (phantasia) se présente — « cet homme m'insulte », « la mort approche » — et c'est l'assentiment que je lui donne qui me trouble ou m'apaise, non la chose elle-même. D'où la formule la plus célèbre du stoïcisme : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu'ils en ont » (Manuel, V). Deux exemples : la mort n'a rien d'effrayant en soi — la preuve, Socrate ne la craignait pas ; ce qui effraie, c'est l'opinion que la mort est un mal. De même, une insulte ne blesse que si je juge qu'elle me blesse. L'enjeu est immense : puisque le trouble vient de mes jugements, et que mes jugements dépendent de moi, je porte en moi le remède.

3. La liberté intérieure

Voici le paradoxe vécu d'Épictète, l'ancien esclave : on peut être esclave et libre, maître et esclave. La liberté véritable n'est pas la liberté politique ou physique (aller où l'on veut), mais une disposition intérieure : est libre celui dont les désirs ne portent que sur ce qui dépend de lui, et qui n'est donc jamais contrarié. À l'inverse, le tyran comblé de pouvoir, s'il tremble pour ses biens et sa vie, est l'esclave de ses propres peurs. La liberté n'est pas contre les chaînes extérieures : elle se conquiert malgré elles, dans le for intérieur que nul ne peut forcer. C'est le renversement stoïcien de la notion commune de liberté.

4. Le consentement à l'ordre du monde (vivre selon la nature)

Puisque le cours des choses ne dépend pas de nous, la sagesse consiste à s'y accorder plutôt qu'à s'y opposer en vain : non pas subir en serrant les dents, mais vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent. Épictète l'illustre par l'image de l'acteur : nous ne choisissons pas notre rôle (les circonstances, la naissance, la durée de notre vie), mais il dépend de nous de le bien jouer. Ce consentement n'est pas résignation passive : c'est l'adhésion active à un ordre du monde tenu pour rationnel et providentiel. Vouloir ce qui est, c'est n'être jamais déçu — donc être heureux.

Notions du programme

NotionLien avec Épictète
Le bonheurLe bonheur ne dépend que de nous : ne désirer que ce qui est en notre pouvoir et consentir au reste (Manuel, I et VIII)
La libertéLa liberté intérieure de l'ancien esclave : est libre celui qui ne veut que ce qui dépend de lui (Entretiens, IV, 1 « De la liberté »)
Le devoirLes « fonctions » ou actions convenables (kathêkonta) : bien tenir le rôle qui nous est assigné (Manuel, XXV ; Entretiens, II, 10)
La raisonLe bon usage des représentations (phantasiai) par la faculté maîtresse (hêgemonikon), part divine en l'homme (Entretiens, I, 1)
La natureVivre en accord avec la nature et l'ordre du monde ; consentir au cours des choses (Manuel, VIII)
La religionLa providence divine (Zeus) ; accepter la volonté de Dieu comme celle d'un ordre bon (Entretiens, I, 16)
La conscienceL'attention vigilante à soi (prosochê) : surveiller sans cesse ses jugements (Entretiens, IV, 12)

Œuvres

Épictète n'a rien écrit. Ses paroles ont été recueillies par son disciple Arrien, à qui l'on doit les deux textes ci-dessous.

Entretiens (Diatribai)

Recueil des leçons orales d'Épictète, prises en note par Arrien. Sur les huit livres d'origine, quatre subsistent. On y suit l'enseignement vivant du maître, sous forme de dialogues, d'exhortations et d'exercices : le bon usage des représentations, la distinction de ce qui dépend de nous, la liberté intérieure (livre IV, 1), la providence. C'est la source la plus complète de sa pensée.

Manuel (Enchiridion)

Bref abrégé (une cinquantaine de courts chapitres) tiré des Entretiens par Arrien, destiné à être appris par cœur et gardé « sous la main » (sens du mot grec enchiridion). Il s'ouvre sur la distinction ce qui dépend de nous / ce qui n'en dépend pas et enchaîne préceptes et images (l'acteur, le voyageur, le banquet). Sa concision en a fait, à travers les siècles, un manuel de sagesse pratique universel.

Vidéo complémentaire