Pascal
Biographie
Blaise Pascal (Clermont, 19 juin 1623 – Paris, 19 août 1662) est mathématicien, physicien, inventeur, polémiste et penseur religieux. Enfant prodige éduqué par son père, il rédige à seize ans un essai sur les coniques, et conçoit vers dix-neuf ans une machine à calculer — la Pascaline — pour soulager le travail de son père, commissaire aux impôts. Il conduit dans les années 1640 des expériences sur le vide et la pression atmosphérique qui le placent au premier rang des savants de son temps.
Sa famille se rapproche de Port-Royal et du jansénisme, courant rigoriste du catholicisme insistant sur la corruption de la nature humaine et la nécessité de la grâce. Dans la nuit du 23 novembre 1654, Pascal vit une expérience mystique bouleversante dont il consigne le souvenir sur un papier cousu dans la doublure de son vêtement — le Mémorial, retrouvé après sa mort. Il abandonne alors largement la science pour la réflexion religieuse.
Concepts
1. Le divertissement
Le terme n'a pas le sens moderne d'amusement : il vient de divertere, se détourner. L'homme ne supporte pas de rester en repos avec lui-même, parce qu'il y rencontrerait sa misère et sa mortalité. Il se jette donc dans la chasse, le jeu, la guerre, les charges — non pour ce qu'il y gagne, mais pour ne pas y penser. Le divertissement est ainsi une fuite, et le remède est pire que le mal puisqu'il empêche de chercher le vrai remède.
2. La fuite du présent
Application directe du divertissement au temps. Nous vivons dans l'anticipation ou le regret ; le présent, quand il est pénible, nous le masquons, et quand il est agréable, nous souffrons déjà de le voir s'échapper. Conséquence rigoureuse : nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre — et donc nous ne sommes jamais heureux.
3. Misère et grandeur de l'homme
Pascal refuse à la fois l'optimisme et le mépris. L'homme est misérable (faible, mortel, incapable de repos) mais sa misère même atteste sa grandeur : il ne se sentirait pas misérable s'il n'avait le sentiment d'avoir été fait pour autre chose. Cette structure en tension — misère parce que grandeur — commande toute l'anthropologie des Pensées.
4. Les limites de la raison
La raison est réelle mais bornée : elle ne peut ni fonder ses propres principes, ni décider de l'existence de Dieu, ni combler le désir de bonheur. Pascal ne verse pas pour autant dans l'irrationalisme — il distingue les ordres de connaissance et assigne à la raison son domaine propre.
5. Le vrai bien hors du temps
Puisque le bonheur ne se trouve dans aucun objet fini, et que tous les hommes le cherchent pourtant sans exception, c'est qu'il y a en l'homme la trace vide d'un bonheur perdu — que seul un objet infini peut remplir. Le mouvement du fragment 425 va ainsi de l'anthropologie à la théologie.
Notions du programme
| Notion | Ce que Pascal y apporte |
|---|---|
| Le temps | Nous n'habitons jamais le présent : nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres. Position opposée à Marc Aurèle sur le même constat. |
| Le bonheur | Tous le cherchent, aucun ne l'atteint par les moyens ordinaires : le désir de bonheur est la preuve d'un manque, non le chemin d'une satisfaction. |
| La religion | Une apologie qui part de la condition humaine, non de preuves métaphysiques. |
| La raison | Puissance réelle mais bornée ; elle ne peut fonder ni ses principes ni le bonheur. |
| La conscience | L'impossibilité de demeurer seul avec soi-même — le divertissement comme fuite de soi. |
| Le désir | Structure du manque : chercher au-dehors ce qui ne s'y trouve pas. |
Œuvres
Les Provinciales (1656-1657)
Dix-huit lettres polémiques publiées anonymement contre la casuistique des jésuites, dans la querelle qui oppose Port-Royal à la Sorbonne. Modèle de prose française : ironie, clarté, art du dialogue.
Pensées (posthume, 1670)
Fragments de l'apologie inachevée. On y trouve le divertissement, la misère et la grandeur, les limites de la raison, le pari.
⚠️ Toujours préciser l'édition citée. Les fragments ont été classés différemment selon les éditeurs — Brunschvicg (celle utilisée dans le cours), Lafuma, Sellier. Un même texte porte donc des numéros différents : « fragment 172 » n'a de sens qu'accompagné de « Brunschvicg ».
Écrits scientifiques (1640-1654)
Essai pour les coniques, traités sur le vide et l'équilibre des liqueurs, travaux sur le calcul des probabilités avec Fermat, machine arithmétique.