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Scepticisme

Définition

Le scepticisme est, dès sa fondation par Pyrrhon d'Élis (IVᵉ-IIIᵉ siècle av. J.-C.), une philosophie qui pose qu'à toute affirmation s'oppose une affirmation contraire d'égale force (principe d'isosthénie) : il en résulte qu'on doit suspendre son jugement (epoché ou aphasie) pour atteindre la tranquillité de l'âme (ataraxie). Le scepticisme ne nie pas la vérité — ce serait encore un dogme : il refuse seulement de conclure. Il se distingue ainsi du dogmatisme (qui affirme connaître), du nihilisme (qui affirme qu'il n'y a rien à connaître), et du relativisme (qui multiplie les vérités) : le sceptique, lui, se contente de ne jamais rien affirmer avec certitude.

Développement

Les sceptiques disposent d'un outillage argumentatif, les tropes : les Dix Tropes d'Énésidème (variations de la perception selon l'espèce, l'individu, les sens, les circonstances, les coutumes…) et les Cinq Tropes d'Agrippa (désaccord, régression à l'infini, relativité, hypothèse arbitraire, raisonnement circulaire) — une véritable machine à neutraliser le dogme, applicable à n'importe quelle thèse. Sextus Empiricus précise un point décisif : le sceptique ne nie pas les apparences (le miel paraît doux — c'est un fait incontestable), il refuse seulement le passage de l'apparence au jugement sur la chose en soi (« le miel est doux »). Vivre selon les apparences sans en juger : telle est la conduite ordinaire du sceptique. Cette dissociation phénomène / jugement aura une postérité immense (Montaigne, Apologie de Raymond Sebond ; et jusqu'à Kant). Voir, dans le manuel, la notion La vérité.

Philosophes
  • Pyrrhon d'Élis (IVᵉ-IIIᵉ s. av. J.-C.) : le fondateur. Il ne laisse aucun écrit ; sa doctrine nous est rapportée par son disciple Timon, puis par Diogène Laërce et Eusèbe.
  • Énésidème et Agrippa : les théoriciens des tropes — les Dix Tropes (Énésidème) et les Cinq Tropes (Agrippa), l'arsenal argumentatif qui sert à montrer qu'aucune thèse ne peut être définitivement fondée.
  • Sextus Empiricus (IIᵉ-IIIᵉ s.) : la grande source conservée du scepticisme antique — Esquisses pyrrhoniennes, Contre les savants. Il systématise la distinction entre l'apparence (qu'on accepte) et le jugement sur la chose en soi (qu'on suspend).
  • Montaigne : dans l'Apologie de Raymond Sebond (Essais, livre II, chapitre 12), il reprend le scepticisme antique — mais le conjugue paradoxalement à la foi : l'ignorance humaine appelle la confiance en Dieu. Sa devise : « Que sais-je ? ».
  • (À ne pas confondre : le doute méthodique de Descartes n'est pas le scepticisme — c'est un doute provisoire qui vise à fonder la certitude, là où l'epoché sceptique est un arrêt durable du jugement.)