Relativisme
Le relativisme est la doctrine selon laquelle il n'existe pas de vérité (ni de valeur) absolue, valable indépendamment du sujet, de la culture ou du contexte : la formule fondatrice est celle de Protagoras, « L'homme est la mesure de toutes choses ». À la question « la vérité est-elle la même pour tous ? », le relativisme répond que toute vérité est relative à celui qui l'énonce — il y a autant de vérités que de points de vue, et aucune ne peut prétendre s'imposer aux autres. Il s'oppose ainsi à l'universalisme (qui pose des vérités et des valeurs valables pour tout esprit raisonnable), et il se distingue du scepticisme : le sceptique suspend son jugement faute de pouvoir trancher, tandis que le relativiste multiplie les vérités au lieu d'en chercher une seule.
Le relativisme se décline en plusieurs versions : relativisme cognitif (sur le vrai et le faux), relativisme moral (ce qui est bien ou mal varie selon les époques et les sociétés) et relativisme culturel (chaque culture a ses normes, qu'on ne pourrait juger « de l'extérieur »). L'objection classique est que le relativisme ramène tout savoir à une opinion ou une croyance. la philosophie s'est construite avec Platon sur la distinction entre savoir (objectif, réfléchi, universel) et opinion (subjective, fragile, reposant sur des préjugés) : le relativisme a donc cette tendance à nier l'idée d'une vérité universelle. L'autre objection possible au relativisme est l'autoréfutation : si l'on affirme que « toute vérité est relative », cette affirmation est-elle elle-même relative — auquel cas pourquoi devrions-nous y souscrire ? — ou bien absolue — auquel cas elle se contredit ? C'est l'objection que Platon adresse à Protagoras dans le Théétète. Voir, dans le manuel, la notion La vérité.
- Protagoras : le fondateur du relativisme — « L'homme est la mesure de toutes choses : de celles qui sont, qu'elles sont ; de celles qui ne sont pas, qu'elles ne sont pas » (formule rapportée par Platon, Théétète). Chaque sensation, chaque opinion est vraie pour celui qui l'éprouve.
- Platon : le grand adversaire du relativisme. Dans le Théétète, il retourne la thèse de Protagoras contre elle-même (l'autoréfutation) et oppose à l'opinion changeante (doxa) la connaissance des Idées, universelle et stable.
- Nietzsche : plus près de nous, son perspectivisme soutient qu'il n'existe pas de point de vue absolu sur le monde — toute « vérité » est une interprétation depuis une perspective. Et l'anthropologie du XXᵉ siècle a popularisé le relativisme culturel : chaque société a ses normes, qu'on ne pourrait juger « de l'extérieur ».