1. L’art, du travail ou de l’inspiration ?
NOTIONS COMPLÉMENTAIRES : la technique, la nature
| ALAIN, Système des beaux-arts (1920) |
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| Il reste à dire maintenant en quoi l’artiste diffère de l’artisan. Toutes les fois que l’idée précède et règle l’exécution, c’est industrie. La représentation d’une idée dans une chose, je dis même d’une idée bien définie comme le dessin d’une maison, est une œuvre mécanique seulement, en ce sens qu’une machine bien réglée d’abord ferait l’œuvre à mille exemplaires. Pensons maintenant au travail du peintre de portrait ; il est clair qu’il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu’il emploiera à l’œuvre qu’il commence ; l’idée lui vient à mesure qu’il fait ; il serait même plus rigoureux de dire que l’idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu’il est spectateur aussi de son œuvre en train de naître. Et c’est là le propre de l’artiste. Il faut que le génie ait la grâce de nature, et s’étonne lui-même. |
| 1. En quoi l’artiste se distingue-t-il de l’artisan, selon Alain ? 2. Expliquez la formule : « l’idée lui vient à mesure qu’il fait ». En quoi cela caractérise-t-il la création artistique ? |
| ➡️ Pistes de réflexion 1. Repérez dans le texte les deux modes de production qu’Alain distingue. Demandez-vous ce que signifie « l’idée précède et règle l’exécution » : qui travaille ainsi ? Puis cherchez ce qui change quand il s’agit du peintre. - Industrie : ici, au sens ancien : toute activité de production réglée par un plan préconçu. 2. Comparez le rapport entre l’idée et l’exécution chez l’artisan et chez l’artiste. Demandez-vous pourquoi Alain dit que l’artiste est « spectateur de son œuvre en train de naître » : que révèle cette image sur le processus de création ? |
| Emmanuel KANT, Critique de la faculté de juger (1790) |
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| Le génie : 1° est un talent, qui consiste à produire ce dont on ne saurait donner aucune règle déterminée ; il ne s’agit pas d’une aptitude à ce qui peut être appris d’après une règle quelconque ; il s’ensuit que l’originalité doit être sa première propriété ; 2° que l’absurde aussi pouvant être original, ses produits doivent en même temps être des modèles, c’est-à-dire exemplaires et, par conséquent, que sans avoir été eux-mêmes engendrés par l’imitation, ils doivent toutefois servir aux autres de mesure ou de règle de jugement ; 3° qu’il ne peut décrire lui-même ou exposer scientifiquement comment il réalise son produit, et qu’au contraire c’est en tant que nature qu’il donne la règle ; c’est pourquoi le créateur d’un produit qu’il doit au génie ne sait pas lui-même comment se trouvent en lui les idées qui s’y rapportent et il n’est en son pouvoir ni de concevoir à volonté ou suivant un plan de telles idées, ni de les communiquer aux autres dans des préceptes qui les mettraient à même de réaliser des produits semblables. |
| 1. Quelles sont les trois caractéristiques du génie selon Kant ? 2. Pourquoi le génie ne peut-il ni enseigner son art, ni expliquer comment il crée ? |
| ➡️ Pistes de réflexion 1. Repérez dans le texte les trois points numérotés (1°, 2°, 3°). Pour chacun, identifiez le mot-clé qu’utilise Kant (originalité, exemplarité…) et reformulez la caractéristique en vos propres termes. - Exemplaire : ici, au sens de « qui sert de modèle », et non au sens courant de « remarquable ». 2. Relisez le troisième point : Kant dit que le génie donne la règle « en tant que nature ». Demandez-vous ce que cela signifie : si c’est la nature qui crée à travers le génie, le génie peut-il contrôler ou expliquer ce processus ? - Préceptes : règles d’enseignement que l’on pourrait transmettre à d’autres. |
| Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain (1878), |
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| L’activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l’activité de l’inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique. Toutes ces activités s’expliquent si l’on se représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d’observer diligemment leur vie intérieure et celle d’autrui, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d’apprendre d’abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. |
| 1. Comment Nietzsche définit-il le génie ? 2. En quoi sa conception s’oppose-t-elle à celle de Kant ? |
| ➡️ Pistes de réflexion 1. Repérez à quelles autres activités Nietzsche compare celle du génie. Demandez-vous ce que ces activités ont en commun : quel rôle jouent l’observation, la combinaison et le travail dans chacune d’elles ? 2. Comparez la source du génie chez Kant (un don de la nature) et chez Nietzsche (un travail acharné). Demandez-vous si, pour Nietzsche, il existe encore une différence de nature entre l’artiste et le travailleur. |
| Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain (1878), §156 |
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| D’où vient donc cette croyance qu’il n’y a de génie que chez l’artiste, l’orateur et le philosophe ? (…) Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas d’autre part éprouver d’envie. Nommer quelqu’un « divin », c’est dire : « ici nous n’avons pas à rivaliser ». En outre tout ce qui est fini, parfait, excite l’étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or personne ne peut voir dans l’œuvre de l’artiste comment elle s’est faite ; c’est son avantage, car partout où l’on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. |
| Pourquoi, selon Nietzsche, attribuons-nous du génie aux artistes ? |
| ➡️ Piste de réflexion. Repérez les deux raisons que donne Nietzsche : l’une concerne notre rapport à l’envie, l’autre notre rapport au produit fini. Pourquoi le fait de ne pas voir l’œuvre en train de se faire nous pousse à croire au génie ? |
Annexe n°1
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L'annexe n°1 permet de confronter vos connaissance du 1. de la leçon à des exemples d'œuvres d'art.