Leçon 1 : Doit-on satisfaire tous ses désirs pour être heureux ?


Perspectives : L'existence et la culture · La morale et la politique

Notion principale : le Bonheur

Notions secondaires : la Raison · la Justice · la Liberté · La Nature

Repères conceptuels : médiat – immédiat

Méthode : conceptualiser, problématiser et argumenter à partir d'un texte


📄 Textes de la leçon (PDF)

Plan de la leçon




Introduction — Qu'est-ce que le bonheur ? (Étymologie · Solon · Pascal)

Le débat Socrate – Calliclès — Faut-il être raisonnable ? (deux films · Platon, Gorgias)

Conclusion — Plaisir ou raison ? (Cyrénaïques · Épicure · Épictète)

Introduction : Qu'est-ce que le bonheur ?



Exercice : conceptualiser le mot « bonheur » à partir de son étymologie,
d'une sentence de Solon, et d'une pensée de Pascal.

a) Étymologie du mot « bonheur »

Bonheur : de l'ancien français heur (« chance, fortune »), du latin augurium (« présage, augure »). On retrouve cette racine dans le mot grec pour désigner le bonheur : eudaimonia (eu = « bon » + daimôn = « génie protecteur »).

Question : que nous apprend cette étymologie du sens du mot « bonheur » ?

b) Solon

Ne proclamons heureux nul homme avant sa mort.

Question : pourquoi ne pourrait-on juger du bonheur d'un homme qu'à la fin de sa vie ? Et pourquoi le bonheur devrait-il être « proclamé » ?

c) Blaise Pascal

Tous les hommes recherchent d'être heureux, jusqu'à ceux qui vont se pendre.

Question : que nous apprend cette phrase sur le bonheur ?

d) Conceptualisation — synthèse



Consigne : à l'aide de l'étymologie et des deux citations, développez une définition complète du bonheur (un paragraphe de 5 lignes minimum).

Le débat Socrate – Calliclès dans « Gorgias » (Platon) : faut-il être raisonnable ?


Dans son dialogue Gorgias, Platon met en scène Socrate, son ancien maître, et Calliclès, un personnage qu'il invente. Socrate et Calliclès s'interrogent sur ce qu'est une vie heureuse, et si nous devons être raisonnables pour atteindre le bonheur.


Notions secondaires : la raison · la justice · la liberté · la nature

1.1. Exercice introductif : Belfort et Hirayama, Calliclès et Socrate

Consigne – Lire une première fois les extraits du Gorgias de Platon. Puis comparer les deux personnages des deux films, Belfort et Hirayama : Qui est plutôt Calliclès, qui est plutôt Socrate ? Quelles sont leurs conceptions du bonheur ? Laquelle vous semble la meilleure ? (Justifier)

Le Loup de Wall Street (Scorsese, 2013) · Perfect Days (Wenders, 2023)

a) Le Loup de Wall Street (Martin Scorsese, 2013) : bande-annonce

Jordan Belfort, trader à Wall Street, est devenu multimillionnaire par la fraude et une ambition sans limites.

▶️ Ouvrir la bande-annonce (nouvel onglet)

b) Perfect Days (Wim Wenders, 2023) : bande-annonce

Hirayama nettoie les toilettes publiques de Tokyo. Une vie simple, faite de petits rituels : lire, écouter de vieilles cassettes, photographier la lumière dans les arbres.

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1.2. Activité : confronter les arguments de Calliclès et Socrate


Consignes :

  1. Lisez les deux extraits du Gorgias, dialogue de Platon. Repérez (surlignez) les idées principales de Calliclès et Socrate.
  2. Recopiez sur votre cahier et remplissez le tableau, une ligne après l'autre.
    • Aide pour la ligne sur la justice : d'après Calliclès (§5), la justice et la tempérance profitent-elles aux forts ou aux faibles ? Qu'appelle-t-il « le juste selon la nature » ? Qu'est-ce qui, au contraire, est juste pour Socrate ?
    • Aide pour la ligne sur la liberté : qu'est-ce qui distingue « la liberté de faire ce qu'on veut » (Calliclès) et « se commander à soi-même » (Socrate, §2) ? En quoi ce sont deux définitions possibles de la liberté ?
  3. À votre avis, qui sort vainqueur du débat ? Justifiez.

Activité — tableau comparatif (à remplir)



Critère Calliclès Socrate
Définition du bonheur
Que faire de nos désirs ?
(position sur la tempérance / la maîtrise de soi)
Justice : qu'est-ce qui est juste ?
Liberté : qu'est-ce qu'être libre ?
Image ou argument central
Critique de l'adversaire

Vocabulaire


  • Tempérance : vertu morale de modération et de maîtrise de soi.
  • JUSTICE (notion du programme) : norme des comportements, qui peut être morale (la justice individuelle) ou légale (la justice sociale).
  • LIBERTÉ (notion du programme) : absence de contrainte (indépendance), capacité à décider par soi-même (autonomie).
  • NATURE (notion du programme) : tout ce que l'homme n'a pas fabriqué et inventé. Dans le texte, la nature a aussi un autre sens : l'ensemble des comportements instinctifs, qui n'ont pas été créés ou modifié par la société.
  • Le pluvier dont parle Socrate : une famille d'oiseaux qui digèrent tout de suite après avoir mangé.

Platon, Gorgias — Calliclès (1/2) : laisser aller ses passions

§1 — CALLICLÈS : Mais que veux-tu dire avec ton « se commander soi-même » ?
§2 — SOCRATE : Oh, rien de compliqué, tu sais, la même chose que tout le monde : cela veut dire être raisonnable, se dominer, commander aux plaisirs et passions qui résident en soi-même.
§3 — CALLICLÈS : Ah ! tu es vraiment charmant ! Ceux que tu appelles hommes raisonnables, ce sont des abrutis !
§4 — SOCRATE : Qu'est-ce qui te prend ? N'importe qui saurait que je ne parle pas des abrutis !
§5 — CALLICLÈS : Mais si, Socrate, c'est d'eux que tu parles, absolument ! Car comment un homme pourrait-il être heureux s'il est esclave de quelqu'un d'autre ? Veux-tu savoir ce que sont le beau et le juste selon la nature ? Eh bien je vais te le dire franchement ! Voici, si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles, et ne pas les réprimer. Au contraire, il faut être capable de mettre son courage et son intelligence au service de si grandes passions et de les assouvir avec tout ce qu'elles peuvent désirer. Seulement, tout le monde n'est pas capable, j'imagine, de vivre comme cela. C'est pourquoi la masse des gens blâme les hommes qui vivent ainsi, gênée qu'elle est de devoir dissimuler sa propre incapacité à le faire. La masse déclare donc bien haut que le dérèglement — j'en ai déjà parlé — est une vilaine chose. C'est ainsi qu'elle réduit à l'état d'esclaves les hommes dotés d'une plus forte nature que celle des hommes de la masse ; et ces derniers, qui sont eux-mêmes incapables de se procurer les plaisirs qui les combleraient, font la louange de la tempérance et de la justice à cause du manque de courage de leur âme.

— Platon, Gorgias (Ve s. av. J.-C.)📖 Fiche auteur : Platon · 🏛️ Fiche courant : Hédonisme

Platon, Gorgias — Calliclès (2/2) : laisser aller ses passions

Car, bien sûr, pour tous les hommes qui, dès le départ, se trouvent dans la situation d'exercer le pouvoir, qu'ils soient nés fils de rois ou que la force de leur nature les ait rendus capables de s'emparer du pouvoir — que ce soit le pouvoir d'un seul homme ou celui d'un groupe d'individus —, oui, pour ces hommes-là, qu'est-ce qui serait plus vilain et plus mauvais que la tempérance et la justice ? Ce sont des hommes qui peuvent jouir de leurs biens, sans que personne y fasse obstacle, et ils se mettraient eux-mêmes un maître sur le dos, en supportant les lois, les formules et les blâmes de la masse des hommes ! Comment pourraient-ils éviter, grâce à ce beau dont tu dis qu'il est fait de justice et de tempérance, d'en être réduits au malheur, s'ils ne peuvent pas, lors d'un partage, donner à leurs amis une plus grosse part qu'à leurs ennemis, et cela, dans leurs propres cités, où eux-mêmes exercent le pouvoir ! Écoute, Socrate, tu prétends que tu poursuis la vérité, eh bien, voici la vérité : si la facilité de la vie, le dérèglement, la liberté de faire ce qu'on veut, demeurent dans l'impunité, ils font la vertu et le bonheur ! Tout le reste, ce ne sont que des manières, des conventions, faites par les hommes, à l'encontre de la nature. Rien que des paroles en l'air, qui ne valent rien !

— Platon, Gorgias (Ve s. av. J.-C.)

Platon, Gorgias — (1/5) Socrate interroge Calliclès

§6 — SOCRATE : Ce n'est pas sans noblesse, Calliclès, que tu as exposé ton point de vue, tu as parlé franchement. (...) Alors, explique-moi : tu dis que, si l'on veut vivre tel qu'on est, il ne faut pas réprimer ses passions, aussi grandes soient-elles, mais se tenir prêt à les assouvir par tous les moyens. Est-ce bien en cela que la vertu consiste ?
§7 — CALLICLÈS : Oui, je l'affirme, c'est cela la vertu !
§8 — SOCRATE : Il est donc inexact de dire que les hommes qui n'ont besoin de rien sont heureux.
§9 — CALLICLÈS : Oui, parce que, si c'était le cas, les pierres et même les cadavres seraient tout à fait heureux !
§10 — SOCRATE : Mais, tout de même, la vie dont tu parles, c'est une vie terrible ! (...) Je veux te convaincre, pour autant que j'en sois capable, de changer d'avis et de choisir, au lieu d'une vie déréglée, que rien ne comble, une vie d'ordre, qui est contente de ce qu'elle a et s'en satisfait. (...)
§11 — CALLICLÈS : Tu l'as dit, Socrate, et très bien ! C'est vrai, je ne changerai pas d'avis !

— Platon, Gorgias (Ve s. av. J.-C.)
📖 Fiche auteur : Socrate

Platon, Gorgias — Socrate (2/5) : l'image des tonneaux percés

§12 — SOCRATE : Bien (...), regarde bien si ce que tu veux dire, quand tu parles de ces deux genres de vie, une vie d'ordre et une vie de dérèglement, ne ressemble pas à la situation suivante. Suppose qu'il y ait deux hommes qui possèdent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l'un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d'autres tonneaux remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et qu'on n'obtient qu'au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n'a plus à y reverser quoi que ce soit ni à s'occuper d'eux ; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il est tranquille. L'autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles sont difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il serait forcé de les remplir sans cesse, jour et nuit, en s'infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu'elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l'homme déréglé ou celle de l'homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d'admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? Est-ce que je ne te convaincs pas ?
§13 — CALLICLÈS : Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l'homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n'a aucun plaisir, il a exactement le type d'existence dont je parlais tout à l'heure : il vit comme une pierre. S'il a fait le plein, il n'éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu'on peut dans son tonneau !

— Platon, Gorgias (Ve s. av. J.-C.)

Platon, Gorgias — Socrate (3/5) : la vie de pluvier

§14 — SOCRATE : Mais alors, si on en verse beaucoup, il faut aussi qu'il y en ait beaucoup qui s'en aille, on doit donc avoir de bons trous, pour que tout puisse bien s'échapper !
§15 — CALLICLÈS : Oui, parfaitement.
§16 — SOCRATE : Tu parles de la vie d'un pluvier, qui mange et qui fiente en même temps ! Non ce n'est pas la vie d'un cadavre, même pas celle d'une pierre ! Mais dis-moi encore une chose : ce dont tu parles, c'est d'avoir faim et de manger quand on a faim, n'est-ce pas ?
§17 — CALLICLÈS : Oui
§18 — SOCRATE : Et aussi d'avoir soif et de boire quand on a soif ?
§19 — CALLICLÈS : Oui, mais surtout ce dont je parle, c'est de vivre dans la jouissance, d'éprouver toutes les formes de désirs et de les assouvir — voilà, c'est cela, la vie heureuse
§20 — SOCRATE : C'est bien, très cher. Tu t'en tiens à ce que tu as dit d'abord, et tu ne ressens pas la moindre honte. Mais alors, il semble que moi non plus je n'aie pas à me sentir gêné ! Aussi, pour commencer, réponds-moi : suppose que quelque chose démange, qu'on ait envie de se gratter, qu'on puisse se gratter autant qu'on veut et qu'on passe tout son temps à se gratter, est-ce là le bonheur de la vie ?
§21 — CALLICLÈS : (...) Eh bien, je déclare que même la vie où on se gratte comme cela est une vie agréable !
§22 — SOCRATE : Et si c'est une vie agréable, c'est donc aussi une vie heureuse.
§23 — CALLICLÈS : Oui, absolument.

— Platon, Gorgias (Ve s. av. J.-C.)

Platon, Gorgias — Socrate (4/5) : la honte de la vie intempérante

§24 — SOCRATE : Si on se gratte la tête, seulement, ou faut-il que je te demande tout ce qu'on peut se gratter d'autre ? Regarde, Calliclès, que répondras-tu, quand on te demandera si, après la tête, on peut se gratter tout le reste ? Bref, pour en venir au principal, avec ce genre de saletés, dis-moi, la vie des êtres obscènes, n'est-elle pas une vie terrible, laide, misérable ? De ces êtres, oseras-tu dire qu'ils sont heureux, sous la seule condition qu'ils possèdent tout ce qui leur faut ?


§25 — CALLICLÈS : Mais n'as-tu pas honte, Socrate, de mener notre discussion vers ce genre d'horreurs ?
§26 — SOCRATE : Parce que c'est moi qui l'ai poussée là ! Ô noble individu ! N'est-ce pas plutôt celui qui affirme sans nuances que les hommes qui éprouvent la jouissance, de quelque façon qu'ils jouissent, sont des hommes heureux ? N'est-ce pas plutôt celui qui ne peut pas distinguer quels sont les plaisirs bons et quels sont les mauvais ? Mais maintenant, dis-moi encore juste ceci : prétends-tu que l'agréable soit identique au bon, ou bien y a-t-il de l'agréable qui ne soit pas bon ?

— Platon, Gorgias (Ve s. av. J.-C.)

Platon, Gorgias — Socrate (5/5) : conclusion

§27 — CALLICLÈS : Eh bien, pour ne pas être en désaccord avec ce que j'ai dit si jamais je réponds que l'agréable est différent du bon, je déclare que c'est la même chose.
§28 — SOCRATE : Calliclès, tu es en train de démolir tout ce qui avait été dit avant, et tu n'aurais même plus les qualités requises pour chercher avec moi ce qui est vrai si tu te mets à dire des choses contraires à ce que tu penses.
§29 — CALLICLÈS : Toi aussi, tu fais pareil, Socrate !
§30 — SOCRATE : Eh bien, si je le fais, j'ai tort de le faire ! Et toi aussi, tu as tort ! Mais, bienheureux, réfléchis à une chose : le bien ne consiste pas dans une jouissance à n'importe quel prix, car, sinon, si c'est le cas, il semble bien que le tas de saletés auxquelles j'ai fait allusion tout à l'heure de façon détournée, va nous tomber sur la tête, et plus encore !

— Platon, Gorgias (Ve s. av. J.-C.)

Conclusion — Plaisir ou raison ?

Trois sagesses antiques

Consigne

Lisez les trois textes qui suivent, puis remplissez le tableau du bas.


Vocabulaire :

  • Hédonisme : doctrine antique qui fait du plaisir la voie vers le bonheur. On peut distinguer un hédonisme radical (le personnage fictif Calliclès, ou les philosophes cyrénaïques) d'un hédonisme modéré (Épicure).
  • Stoïcisme : doctrine antique qui fait du renoncement et de l'acceptation de son sort la voie vers le bonheur. Représentants : Sénèque, Épictète, Marc Aurèle (etc.).

Les Cyrénaïques (Aristippe) — le plaisir du corps, tout de suite

Aristippe assignait à l'homme la volupté pour fin et la définissait : « Un mouvement doux accompagné de sensation. »
[Les cyrénaïques] distinguent deux modes de la sensibilité, la douleur et le plaisir : mouvement doux, plaisir ; mouvement violent, douleur. Ils ajoutent que tous les plaisirs sont de même nature et qu'il n'y a pas entre eux de plus et de moins ; que tous les animaux recherchent le plaisir et fuient la douleur. (...) Le plaisir particulier, disent-ils, est désirable pour lui-même (…). Ce qui prouve que le plaisir est la fin de l'homme, c'est que dès l'enfance nous nous y portons sans réflexion ; que du moment où nous le possédons, nous ne désirons rien autre chose, et que nous ne craignons rien tant que son contraire, la douleur.

— Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, livre II (IIIe s. apr. J.-C.)

Volupté — du latin voluptas, « plaisir » ; le mot traduit ici le grec hêdonê, d'où vient hédonisme. Il désigne le plaisir vif des sens, éprouvé dans le corps et dans l'instant — à distinguer du plaisir-repos qu'Épicure appellera ataraxie.

📖 Fiche auteur : Aristippe de Cyrène · 🏛️ Fiche courant : Hédonisme

Épicure, Lettre à Ménécée — se suffire à soi-même

Nous pensons que se suffire à soi-même est un grand bien, non pas qu'il s'agisse de toujours vivre de peu, mais parce qu'il faut être capable de se contenter de peu si l'abondance fait défaut (…). Et de la même façon, nous sommes persuadés qu'il est facile de se procurer tout ce qui est naturel, et difficile ce qui est vain. Des mets simples apportent bien la même satisfaction qu'une table somptueuse s'il ne s'agit que de faire disparaître la douloureuse sensation de la faim. (…) Ainsi, lorsque nous disons que la fin suprême est le plaisir, nous ne parlons pas des plaisirs du débauché, ni de ceux qui résident dans la jouissance (…) ; par plaisir nous entendons l'absence de douleur pour le corps, et de trouble pour l'âme.

— Épicure, Lettre à Ménécée (IVe s. av. J.-C.)

📖 Fiche auteur : Épicure

Épictète, Manuel — ne dépendre que de soi

I. De toutes les choses du monde, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. Celles qui en dépendent sont nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinations, nos aversions ; en un mot, toutes nos actions.
II. Celles qui ne dépendent point de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités ; en un mot, toutes les choses qui ne sont pas du nombre de nos actions.
XIV. Ne demande point que les choses arrivent comme tu les désires, mais désire qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu seras toujours heureux.
XXV. Souviens-toi que tu es acteur dans une pièce, longue ou courte, où l'auteur a voulu te faire entrer. S'il veut que tu joues le rôle d'un mendiant, il faut que tu le joues le mieux qu'il te sera possible. (…) Car c'est à toi de bien jouer le personnage qui t'a été donné ; mais c'est à un autre de te le choisir.

— Épictète, Manuel (IIe s. apr. J.-C.)

📖 Fiche auteur : Épictète · 🏛️ Fiche courant : Stoïcisme

Exercice

Reproduisez et remplissez le tableau suivant sur votre cahier.

Question Cyrénaïques Épicure Épictète
Thèse : que faire de ses désirs ?
Justification (argument / image / formule)
Le plaisir visé est-il immédiat ou médiat ?
Quel rôle la raison joue-t-elle ?
Le bonheur : plutôt « plaisir » ou « raison » ?

Repère du programme — médiat / immédiat : est immédiat ce qui s'obtient sans intermédiaire ; est médiat ce qui suppose de passer par autre chose — une attente, un calcul, un apprentissage.

Synthèse


(8-10 lignes) En vous appuyant sur le débat Calliclès / Socrate et les deux films, ainsi que sur les trois textes des sagesses antiques, répondez : « Doit-on satisfaire tous ses désirs pour être heureux ? »