On pourrait d'abord le penser : si je sais qu'il est mal de mentir, il semble que je doive m'en abstenir, et l'on raisonne sur la justice des actions comme sur une vérité — c'est le premier argument que Hume examine. Mais Hume montre aussitôt la limite de ce savoir : les conclusions de l'entendement « n'ont aucune prise sur les inclinations » ; elles n'obtiennent que « l'assentiment froid de l'entendement ». Éteignez tout sentiment en faveur de la vertu, ajoute-t-il, et « la morale cesse d'être une étude pratique ». Savoir le bien ne suffit donc pas : encore faut-il être touché. Rousseau va plus loin : c'est la pitié, « pur mouvement de la nature, antérieur à toute réflexion », qui « nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir » ; la raison, elle, peut au contraire nous en détourner, puisque c'est par elle que l'homme dit, devant un homme souffrant : « péris si tu veux, je suis en sûreté ». Une objection : un sentiment seul peut s'égarer, préférer le proche au lointain. Hume en convient : le sentiment prononce la « sentence finale », mais il faut souvent que « beaucoup de raisonnements le précèdent » pour qu'il discerne correctement son objet. Réponse possible : savoir ne suffit pas pour bien agir, mais sentir sans savoir ne suffit pas davantage — le devoir naît de leur concours.