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« Faut-il regretter que le temps passe ? » Défendez une position argumentée en mobilisant au moins deux des conceptions vues sur la fiche (la durée de Bergson, la distentio animi d'Augustin, l'éternel retour des stoïciens et de Nietzsche). Aidez-vous de la leçon et de la fiche complémentaire sur le temps linéaire ou circulaire.
On peut d'abord accorder qu'il faut regretter que le temps passe : irréversible, il emporte ce que nous aimons et nous conduit à la mort — c'est la source du tempus fugit et de la mélancolie. Mais plusieurs conceptions vues permettent de renverser ce regret. Avec Bergson, le temps qui passe n'est pas une perte mais une création : dans la durée, rien ne se répète, chaque instant vécu s'ajoute aux précédents et enrichit la conscience ; c'est parce que le temps passe que du nouveau est possible et que je suis libre. Avec l'éternel retour, le rapport au temps devient une épreuve éthique : les stoïciens y voyaient une hypothèse cosmologique (le monde se rejoue à l'identique), mais Nietzsche en fait un test — voudrais-tu revivre ta vie une infinité de fois, dans ses moindres détails ? Celui qui peut dire « oui » n'a plus rien à regretter du passage du temps : il aime sa vie assez pour en vouloir le retour (amor fati). Une objection : ces consolations ne suppriment pas la finitude. On peut répondre, avec Augustin, que le regret naît moins du temps lui-même que de notre dispersion en lui — se rassembler dans le présent, au lieu de fuir vers un passé perdu ou un futur incertain, en désamorce une part.