Contre Calliclès, on peut soutenir qu'il faut maîtriser ses désirs plutôt que de tous les assouvir. Premier argument, avec Épicure : tous les désirs ne se valent pas — seuls les désirs naturels et nécessaires (manger, boire, s'abriter) doivent être comblés ; les désirs vains (richesse, gloire) sont sans limite et rendent malheureux par leur inaccessibilité. Vouloir tout assouvir, c'est remplir un tonneau percé ; la modération, elle, procure l'ataraxie. Second argument, avec Épictète : le bonheur ne peut dépendre de ce qui ne dépend pas de nous (les biens, la réputation, les circonstances). Or les passions de Calliclès portent justement sur des objets extérieurs et incertains : y attacher son bonheur, c'est se rendre esclave du hasard. Le sage ne désire donc que ce qui dépend de lui — ses jugements — et consent au reste. Objection possible : limiter ses désirs, n'est-ce pas renoncer à vivre pleinement ? On peut répondre que la vie déréglée n'est pas plus « pleine » mais plus agitée : la jouissance sans limite est un effort sans repos, non un bonheur.