3. Y a-t-il une foi scientifique ?
NOTIONS COMPLÉMENTAIRES : la vérité, la raison
Nietzsche : la science aussi repose sur une foi
| Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, § 344 (livre V, 1887) |
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| On dit, à bon droit, que, dans le domaine de la science, les convictions n'ont pas droit de cité : ce n'est que lorsqu'elles se décident à s'abaisser à la modestie d'une hypothèse, d'un point de vue expérimental provisoire, d'un artifice de régulation, que l'on peut leur accorder l'entrée et même une certaine valeur dans le domaine de la connaissance — à une condition encore, c'est qu'on les mette sous la surveillance de la police, de la police de la méfiance bien entendue. — Mais cela n'équivaut-il pas à dire : ce n'est que lorsque la conviction cesse d'être une conviction que l'on peut lui concéder l'entrée dans la science ? La discipline de l'esprit scientifique ne commencerait-elle pas alors seulement que l'on ne se permet plus de convictions ?… Il en est probablement ainsi. Or, il s'agit encore de savoir si, pour que cette discipline puisse commencer, une conviction n'est pas indispensable, une conviction si impérieuse et si absolue qu'elle force toutes les autres convictions à se sacrifier pour elle. On voit que la science, elle aussi, repose sur une foi, et qu'il ne saurait exister de science « inconditionnée ». La question de savoir si la vérité est nécessaire doit, non seulement avoir reçu d'avance une réponse affirmative, mais l'affirmation doit en être faite de façon à ce que le principe, la foi, la conviction y soient exprimés : « rien n'est plus nécessaire que la vérité, et, par rapport à elle, tout le reste n'a qu'une valeur de deuxième ordre ». |
| 1. Pourquoi, « dans le domaine de la science », les convictions n'ont-elles pas droit de cité ? À quelle condition peut-on tout de même les y admettre ? (une conviction est une certitude ferme, intime, que possède quelqu'un, sans cependant pouvoir nécessairement la prouver) 2. Quelle question Nietzsche pose-t-il à propos de la vérité elle-même ? Quelle réponse la science y a-t-elle déjà donnée, selon lui, sans l'examiner ? 3. Reformulez la thèse paradoxale du texte : sur quoi la science « repose-t-elle » finalement ? 4. Si Nietzsche a raison, l'opposition simple « science = savoir / religion = croyance » tient-elle encore ? Comparez avec ce que disent Spinoza (Partie 2) et Russell (Partie 2). |