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2. Qu’est-ce qui nous empêche d’être libre ?

NOTION COMPLÉMENTAIRE : LA VÉRITÉ

Pourquoi agissons-nous ?

NIETZSCHE, Humain, trop humain (1878)
Nous n’accusons pas la nature d’immoralité quand elle nous envoie un orage et nous trempe : pourquoi disons-nous donc immoral l’homme qui fait quelque chose de mal ? Parce que nous supposons ici une volonté libre aux décrets arbitraires, là une nécessité. Mais cette distinction est une erreur.
1. Pourquoi n’accuse pas la nature de faire pleuvoir ? Que signifie “accuser” ?
2. Pourquoi, selon Nietzsche, ne doit-on pas accuser un homme qui fait du mal ?

NIETZSCHE, Le Gai Savoir (1901)
J’ai beau considérer les hommes d’un bon ou d’un mauvais œil, tous et chacun en particulier, je ne les vois jamais appliqués qu’à une tâche : à faire ce qui est profitable à la conservation de l’espèce. Et cela, en vérité, non par amour pour cette espèce, mais simplement parce que rien n’est aussi puissant, inexorable, irréductible que cet instinct — parce que cet instinct est absolument l’essence de l’espèce grégaire que nous sommes. […] La haine, la joie de détruire, la soif de pillage et de domination, et tout ce qui par ailleurs est décrié comme méchant : tout cela appartient à l’étonnante économie de la conservation de l’espèce.
1. Expliquez ce qui motive les actions des êtres humains.
2. En quoi cela remet-il en question notre liberté ?

Pouvons-nous vaincre la nature en nous ?

SPINOZA, Lettre à Schuller (1675)
Concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvements et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. (...) Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément, puisqu’elle a conscience de son effort (...), croira qu’elle est très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut.
Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits [1] et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter [2] le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron [3], vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire.

[1] appétits = désirs
[2] appéter = désirer
[3] poltron = lâche, peureux
1. Pourquoi n’accuse pas la nature de faire pleuvoir ? Que signifie “accuser” ?
2. Pourquoi, selon Nietzsche, ne doit-on pas accuser un homme qui fait du mal ?