Leçon 4 : Qu'est-ce qu'être libre ?


Perspectives : La morale et la politique

Notion principale : la Liberté

Repères conceptuels : en fait – en droit · contingent – nécessaire

Méthode : conceptualiser : distinguer les sens d'un mot


📄 Textes de la leçon (PDF)

Plan de la leçon


Introduction — À quoi la liberté s'oppose-t-elle ?

1. Combien y a-t-il de façons d'être libre ? — Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain · le schéma des genres de liberté

2. Exercice — douze situations à classer

Introduction : à quoi la liberté s'oppose-t-elle ?

Quatre emplois du mot « libre »


  1. « Je suis libre ce soir. »
  2. « La France est un pays libre. »
  3. « Il n'est plus libre de ses choix, il est dépendant à l'alcool. »
  4. « De toute façon, tout était écrit. »

Question : le mot « libre » a-t-il le même sens dans ces quatre phrases ? À quoi s'oppose-t-il à chaque fois ? (Cherchez, pour chaque phrase, le contraire de « libre ».)

1. Combien y a-t-il de façons d'être libre ?

Vocabulaire — à lire avant le texte

(en gras : reporter sur le carnet de définitions)


  • sujet : ici, au sens politique : celui qui est soumis à un souverain (un roi), par opposition au citoyen.
  • dérogent à : portent atteinte à.
  • entendement : la faculté de comprendre, l'intelligence.
  • franc-arbitre : ancien nom du libre-arbitre.
  • libre-arbitre : pouvoir de la volonté d'être cause première de ses actions, sans être déterminée par rien. (= indépendance)
  • en droit / en fait : en fait désigne ce qui existe dans les faits, en droit ce qui devrait exister.
  • contingent / nécessaire : est contingent ce qui aurait pu ne pas être, ou être autrement ; est nécessaire ce qui ne peut pas être autrement.

Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain

Le terme de liberté est fort ambigu. Il y a liberté de droit [1.] et de fait [2.]. Suivant celle de droit, un esclave n’est point libre, un sujet n’est pas entièrement libre, mais un pauvre est aussi libre qu’un riche.
La liberté de fait consiste ou dans la puissance de faire [3.] ce que l’on veut ou dans la puissance de vouloir [4.] comme il faut. [...] La liberté de faire [3] a ses degrés et variétés. Généralement, celui qui a plus de moyens est plus libre de faire ce qu’il veut. Mais on entend la liberté particulièrement de l’usage des choses qui ont coutume d’être en notre pouvoir, et surtout de l’usage libre de notre corps. Ainsi la prison et les maladies qui nous empêchent de donner à notre corps et à nos membres le mouvement que nous voulons, et que nous pouvons leur donner ordinairement dérogent à notre liberté : c’est ainsi qu’un prisonnier n’est point libre, et qu’un paralytique n’a point l’usage libre de ses membres.
La liberté de vouloir [4] est encore pris en deux sens différents. L’un [5] est quand on l’oppose à l’imperfection ou à l’esclavage d’esprit, qui est une contrainte, mais interne, comme celle qui vient des passions. L’autre sens [6] a lieu quand on oppose la liberté à la nécessité. Dans le premier sens [5], les stoïciens disaient que le sage seul est libre ; et, en effet, on n’a point l’esprit libre quand il est occupé d’une grande passion, car on ne peut point vouloir comme il faut, c’est-à-dire avec la délibération qui est requise. (...)
Mais la liberté de l’esprit opposée à la nécessité [6] regarde la volonté nue (...). C’est ce qu’on appelle le franc-arbitre [= libre-arbitre, [6]] et consiste en ce que l’on veut que les plus fortes raisons ou impressions que l’entendement présente à la volonté n’empêchent point l’acte de la volonté d’être contingent et ne lui donnent point une nécessité absolue et pour ainsi dire métaphysique.

Exercice

Questions

  1. Pourquoi Leibniz commence-t-il par dire que le terme de liberté est « fort ambigu » ? Que va-t-il faire dans la suite du texte ?
  2. « Un pauvre est aussi libre qu'un riche » ; « celui qui a plus de moyens est plus libre de faire ce qu'il veut ». Ces deux phrases se contredisent-elles ?
  3. Le prisonnier et le paralytique sont privés de la même liberté. Laquelle ? Qu'est-ce qui les distingue pourtant ?
  4. Qu'est-ce qu'une contrainte « interne » ? Pourquoi empêche-t-elle de « vouloir comme il faut » ?
  5. Complétez le schéma ci-dessous : pour chacune des quatre cases terminales, le type de liberté, sa définition (en vos mots, ou avec ceux du texte), ce à quoi elle s'oppose, et les exemples du texte.

Pistes de réflexion — Leibniz


  1. Repérez comment le texte avance : à chaque étape, Leibniz coupe un sens en deux. Combien de coupures comptez-vous ?
  2. (Repère en fait – en droit : demandez-vous de quelle liberté parle chacune des deux phrases.)
  3. Cherchez, pour chacun des deux, qui ou quoi l'empêche. Sa volonté, elle, est-elle atteinte ?
  4. Opposez « interne » à ce qui serait externe : la prison, la maladie, la loi. Où est l'obstacle, cette fois ?
  5. (Repère contingent – nécessaire : il définit la case [6].) Pour chaque case, relevez d'abord le mot du texte qui dit à quoi la liberté s'oppose ; la définition vient après.

Schéma des genres de liberté à reproduire et compléter


🖼️ Ouvrir le schéma en plein écran (nouvel onglet)

Pistes de réflexion — le schéma


  • Le texte coupe toujours en deux : repérez d'abord les nœuds (liberté de fait, liberté de vouloir), puis les quatre cases terminales.
  • Pour chaque case, relevez le mot du texte qui dit à quoi la liberté s'oppose ; la définition vient après.
  • Repère en fait – en droit : c'est la première coupure du texte.
  • Repère contingent – nécessaire : c'est ce qui définit la dernière case, le franc-arbitre.
  • Les exemples sont tous dans le texte : l'esclave, le sujet, le pauvre et le riche, le prisonnier, le paralytique, le sage.

2. Exercice : douze situations à classer

Consigne


Reproduire sur votre cahier le tableau. Pour chaque situation, dites en quel sens la personne est libre, en quel sens elle ne l'est pas, et justifiez par un mot du texte.

Utilisez les numéros du schéma : [1] de droit · [3] de faire · [5] liberté morale (contre les passions) · [6] libre-arbitre (contre la nécessité).


Attention : plusieurs situations ont deux réponses. Si vous hésitez entre deux cases, ne tranchez pas : expliquez l'hésitation.

Situations 1 à 6


n° Situation Libre au sens… Non libre au sens… Mot du texte
1 En 1848, l'esclavage est aboli dans les colonies françaises. Que gagnent, ce jour-là, les anciens esclaves ? Que ne gagnent-ils pas encore ?
2 Lina a le droit de s'inscrire dans n'importe quelle université du monde. Sa famille ne peut payer aucune des trois qui l'ont acceptée.
3 Un détenu purge une peine de cinq ans.
4 Une personne en fauteuil roulant arrive devant un bâtiment public qui n'a qu'un escalier.
5 Un joueur a juré devant sa famille d'arrêter. Le soir même, il retourne au casino.
6 Sous le coup de la colère, Juan envoie un message qu'il regrettera une heure plus tard.

Situations 7 à 12


n° Situation Libre au sens… Non libre au sens… Mot du texte
7 Je voulais réviser, mais j'ai scrollé pendant deux heures.
8 Pendant une épidémie, un couvre-feu interdit de sortir après 20 h.
9 Hélène a choisi son orientation post-bac « librement » : la même que ses deux parents.
10 Une expérience de laboratoire suggère que le cerveau prépare un geste avant que la personne ait conscience de le décider.
11 Épictète est esclave. Il enseigne pourtant que lui est libre, et que son maître ne l'est pas.
12 Un milliardaire ne peut pas passer une journée sans sa drogue.

Pistes de réflexion — les situations



  • Commencez par les cas où une seule case convient ; gardez les hésitations pour la mise en commun.
  • Demandez-vous à chaque fois qui ou quoi empêche : la loi ? un obstacle ou un manque de moyens ? une passion ? rien de repérable ?
  • Deux situations se répondent : l'esclave qui se dit libre et le milliardaire qui ne l'est pas. Que prouvent-elles sur les cases du schéma ?

Bilan : ce que Leibniz laisse ouvert



Cases Comment le texte oppose ces libertés Formuler un problème
[1] de droit · [3] de faire … …
[5] liberté morale · [6] libre-arbitre … …

Ces problèmes sont ceux des deux leçons suivantes.